Relations troubles entre Lafarge et Daech en Syrie : un rapport accable le cimentier français

Relations troubles entre Lafarge et Daech en Syrie : un rapport accable le cimentier français

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SYRIE - Trois ex-salariés de la cimenterie de Lafarge en Syrie ont été entendus cette semaine par les juges d'instruction. Le géant du ciment est mis en cause pour avoir indirectement financé des groupes armés dans le pays, dont l'organisation État islamique.

Attention, sujet sensible. Depuis septembre 2016 et l'ouverture d'une enquête, des juges d'instruction planchent sur les activités de Lafarge en Syrie ces dernières années, en particulier durant la montée en puissance de Daech. Une enquête potentiellement accablante : trois ex-salariés syriens ont été entendus et un rapport des douanes conclut que la direction en France a validé "des paiements aux groupes djihadistes" pour continuer à travailler dans le pays en guerre.


Dans le détail, les juges tentent de déterminer les liens qu'a pu entretenir sur place le géant du ciment pour faire fonctionner en 2013 et 2014, malgré le conflit, la cimenterie de Jalabiya (nord du pays). L'enquête porte aussi sur la connaissance qu'auraient eu des responsables du groupe en France de ces agissements et du danger qu'ils ont pu faire courir aux employés sur place. Trois d'entre eux ont été entendus cette semaine : un informaticien, un ingénieur et un employé chargé des emballages, tous venus de Syrie. "Ils ont confirmé le caractère accablant des éléments qui pourraient être retenus contre Lafarge", a indiqué à l'AFP leur avocate Marie Dosé.

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Achat de pétrole à des groupes djihadistes

Le scandale avait été révélé un an plus tôt par une enquête du Monde qui avait mis en lumière de "troubles arrangements" entre Lafarge Cement Syrie (LCS), branche syrienne du groupe, et l'EI alors que le groupe djihadiste gagnait du terrain dans la région. En septembre 2016, le ministère de l’Économie avait déposé plainte, déclenchant l'ouverture d'une enquête préliminaire confiée au Service national de douane judiciaire (SNDJ). Dans son rapport, le SNDJ conclut que LCS a "effectué des paiements aux groupes djihadistes" via un intermédiaire pour que la cimenterie continue à fonctionner.  Lafarge est aussi soupçonné d'avoir acheté du pétrole à des groupes djihadistes, là encore pour que ces derniers lui permettent de poursuivre son activité. L'enquête suggère également que la décision du cimentier de rester en Syrie a reçu l'aval des autorités françaises. L'EI avait fini par prendre le contrôle du site en septembre 2014. Ce jour-là, d'après Le Monde, la direction n’a pas prévenu les employés de l’imminence d’un raid, et ils avaient dû se sauver par leurs propres moyens.


Si seules trois personnes ont avoué avoir eu connaissance de ces pratiques, "il est tout à fait vraisemblable que d'autres protagonistes aient couvert ces agissements", dont l'ex-PDG de Lafarge Bruno Lafont, ajoutent les douanes judiciaires qui ont entendu neuf responsables du cimentier et de sa filiale syrienne. Face aux enquêteurs, l'ex-directeur général adjoint opérationnel de Lafarge, Christian Herrault, a reconnu que le groupe s'est plié à une "économie de racket", menée par différentes milices armées, pour assurer la circulation de ses marchandises dans le pays. Sollicité par l'AFP, LafargeHolcim n'était pas disponible dans l'immédiat.

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