Qui est Teodorin Obiang, le fils du président de la Guinée équatoriale, condamné dans l'affaire des "biens mal acquis" ?

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PORTRAIT - Teodorin Obiang a été condamné ce vendredi à trois ans de prison avec sursis par la justice française pour s'être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable. Le fils du président de Guinée équatoriale, connu depuis des années pour ses excès et son train de vie fastueux, est le premier dirigeant africain condamné dans cette affaire.

A-t-il assouvi ses goûts de luxe en puisant dans les caisses de son petit État pétrolier dont plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté ? Teodorin Obiang, fils aîné du président de la Guinée équatoriale, également vice-président du pays, a tout cas été condamné ce vendredi par la justice française à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d'euros d'amende avec sursis. Il a en effet été reconnu coupable de blanchiment d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d'abus de confiance et de corruption. Le tribunal a également ordonné la confiscation de l'ensemble des biens saisis, dont un somptueux hôtel particulier sis avenue Foch à Paris. 


Le procès de Teodorin Obiang s'était tenu au début de l'été. A l'époque, il ne s'était pas présenté devant le tribunal correctionnel de Paris.  Lui-même vice-président de Guinée équatoriale, l'individu, âgé de 48 ans, est le premier dirigeant africain condamné en France dans cette tentaculaire affaire dite des "biens mal acquis", ces patrimoines bâtis en France par les familles de plusieurs présidents africains. 

 En 1997, le fils prodigue n'a pas encore 30 ans quand il est propulsé par son père à la tête du ministère des Forêts. A cette époque, son pays s'enrichit brutalement grâce au pétrole. Une note du Trésor français précise d'ailleurs qu'au cours "de la décennie 2000, le PIB a été multiplié par plus de 10". 


C'est aussi au tournant des années 1990/2000 que Teodorin Obiang ouvre sa porte à M6 dans une suite de l'hôtel Bristol, près de son quartier préféré, les Champs-Élysées. "Je cherche toujours quelque chose d'exceptionnel", lance-t-il à un joaillier qui lui propose une montre à 146.000 francs de l'époque (22.250 euros).

Plus de quinze ans après, le train de vie du vice-président ne semble pas avoir changé. Grands crus, escapades au volant de ses Bentley, Rolls, Ferrari, Lamborghini, achat de 30 costumes d'un coup chez des tailleurs célèbres... Le quadragénaire ne se refuse rien. Au fil des années, il s'est en effet constitué en France un patrimoine digne d'un pharaon moderne. A Paris, il dépense ainsi des mallettes entières de liquide chez les couturiers de l'avenue Montaigne. 


Sa pièce maîtresse ? Cet hôtel particulier de 4000m² avenue Foch, où le prix du mètre carré se négocie entre 10.000 et 15.000 euros. En 2012, la perquisition de l'immeuble avait duré plus de neuf jours, mettant en lumière ce train de vie fastueux :  robinets recouverts de feuilles d'or, hammam, salle de sport, discothèque, salon de coiffure, salle de cinéma... Selon Slate Afrique, ce prince du pétrole possèderait par ailleurs un domaine sur les hauteurs de Malibu, en Californie. Une demeure de 1400m² pourvue de huit salles de bain et autant de cheminées.


Grand amateur de musique - "groove, acid jazz, soul, reggae, surtout de la musique qui bouge" confiait-il encore à  M6-, l'éternel célibataire au look toujours soigné organise souvent des grands concerts de fin d'année avec des musiciens africains de renom pour soigner son image auprès de la jeunesse. Lors des fêtes de fin d'année, il fait aussi honneur à son surnom de Père Noël en distribuant à tour de bras des cadeaux à ses concitoyens. Sans compter, comme à son habitude.

Au terme de l'instruction, les juges avaient estimé que son patrimoine, évalué à plus d'une centaine de millions d'euros, ne pouvait avoir été financé par ses seuls revenus officiels, mais était issu "des détournement de fonds publics" et de la corruption. Toujours selon les juges, entre 2004 et 2011, quelque 110 millions d'euros provenant du Trésor public de Guinée équatoriale seraient notamment venus créditer le compte personnel de Teodorin Obiang.


Les enquêteurs estimaient notamment qu'il avait imposé une "taxe révolutionnaire" sur le bois, dont le paiement, au nom de la Somagui Forestal, devait lui être directement remis. Cette entreprise est chargée de l'exploitation du bois précieux qui représente, avec le pétrole, l'une des principales richesses du pays. Le principal intéressé a de son côté toujours assuré qu'il avait gagné légalement son argent dans son pays. 

Pour l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés, Teodorin Obiang risquait jusqu'à 10 ans de prison et une amende de plusieurs dizaines de millions d'euros. Sa condamnation  avec du sursis est donc plutôt clémente.

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