Affaire George Floyd : l'avocat du policier Derek Chauvin passe à l'offensive

Affaire George Floyd : l'avocat du policier Derek Chauvin passe à l'offensive

CONTRE-ATTAQUE - Une nouvelle phase du procès Derek Chauvin a débuté, mardi 13 avril, avec les premiers arguments de la défense. L'avocat du policier de Minneapolis a multiplié les témoins et suivi une tactique très agressive.

La parole est à la défense. Les jurés avaient vu défiler depuis le début du procès experts et responsables policiers, dont l'ensemble convergeait vers un usage excessif de la force lors de l'arrestation de George Floyd le 25 mai 2020. Surtout, plusieurs ont confirmé un lien de cause à effet entre l'action du policier Derek Chauvin, et la mort de cet homme noir de 46 ans, devenu depuis le symbole des victimes de violences policières à caractère raciste à travers le monde. 

Mardi 13 avril, l'avocat de l'ex-policier Derek Chauvin a donc débuté la présentation de ses arguments, en faisant défiler un "tourbillon de témoins" à la barre, la plupart pour un temps très court. Ainsi une ex-petite amie de Floyd et un autre policier, tous deux présents lors de l'arrestation, et surtout un expert des techniques d'interpellation, se sont succédé. La défense a également beaucoup misé sur la vidéo d'une arrestation antérieure de la victime, en 2019.

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Une vidéo de la défense aux effets désastreux ?

L'avocat de Derek Chauvin, Eric J. Nelson, avait prévenu dès le début du procès : sa tactique de défense serait agressive. Si le juge du procès a limité ses possibilités de mettre en cause la victime, tout est fait pour qu'il n'échappe pas aux jurés que  George Floyd était toxicomane et qu'il avait résisté à au moins une arrestation par le passé. Ceci pour alimenter la théorie de la défense : George Floyd aurait en fait succombé à une overdose, combinée à des problèmes de santé préexistants.

C'était d'ailleurs le clou de l'audience : la diffusion d'une vidéo policière lors d'une interpellation de George Floyd en 2019. L'officier, dont la caméra-piéton filme la scène, pointe son arme sur Floyd tandis que celui-ci semble paniqué et implore de ne pas être abattu. L'objectif recherché par la défense semble clair : montrer que le comportement de Floyd ressemble beaucoup à celui qu'il a eu lors de l'arrestation qui lui a été fatale en mai 2020, et donc qu'il est simulé. Ce jour-là, en 2019, Floyd avait dû être hospitalisé après un malaise au poste de police et avait finalement échappé aux poursuites.

Certains commentateurs notent toutefois que la diffusion de cette vidéo pourrait bien être à double tranchant : la brutalité de la police de Minneapolis et le langage ordurier qu'elle utilise y sont également bien perceptibles, et pourraient être ravageurs dans l'esprit des jurés. Interrogé le 13 avril à l'audience, le policier dont la vidéo venait d'être diffusée, désormais retraité, a d'ailleurs refusé de confirmer que Floyd avait ingéré un psychotrope devant lui, malgré l'insistance de l'avocat de Chauvin.

Les policiers n'ont pas à se battre à la loyale- Barry Brodd, ancien instructeur de la police

L'autre moment-phare de la journée d'audience de mardi fut le témoignage de l'ex-policier Barry Brodd, devenu expert en procédures d'interpellation. Selon lui, la technique employée pour arrêter George Floyd était "justifiée", et "pas mortelle", une expertise qui va à l'encontre de toutes celles que l'accusation a produites.  

"Toute personne qui résiste, menottée ou pas, doit être mise au sol" sur le ventre, a expliqué cet ancien instructeur de la police, pour que les policiers soient en "position de contrôle" en utilisant leur poids pour bloquer le suspect. Pour lui, "les policiers n'ont pas à se battre à la loyale, ils sont autorisés à surmonter la résistance en allant à un niveau supérieur" d'usage de la force. Là aussi, ce témoignage s'inscrit dans l'argument qui minore la responsabilité de l'accusé dans la mort de la victime, préparant le terrain à la théorie de facteurs multiples, poursuivie par la défense. 

Brodd a également insisté sur la force physique de George Floyd, un homme d'1,92 m et de 101 kg, ainsi que sur l'effet des drogues sur certains suspects, qui leur permet de "ne pas ressentir la douleur" et de faire preuve "d'une force surhumaine". D'après des observateurs judiciaires américains, ces arguments sont en fait de grands classiques dans la défense de policiers poursuivis pour la mort d'hommes noirs.

Autre témoin marquant convoqué par la défense ce mardi, une ex-petite amie de George Floyd, qui venait justement de tomber sur lui à la supérette où il est soupçonné d'avoir payé avec un faux billet de 20 dollars - le motif initial de son interpellation. Manifestement, selon les observateurs, Shawanda Renee Hill n'a pas témoigné de son plein gré en faveur de l'ex-policier Derek Chauvin. Elle a cependant confirmé que lorsqu'elle a retrouvé Floyd dans sa voiture sur le parking, celui-ci s'est endormi brutalement, et que c'est l'arrivée des policiers qui l'a réveillé en panique. Comme lors de l'interpellation de 2019, il aurait alors imploré les policiers de ne pas lui tirer dessus. Une similitude et une nouvelle référence à sa toxicomanie, qui sont probablement l'effet recherché par la défense.

Une foule "bruyante et agressive" ?

Enfin, l'argument qui a pointé dans plusieurs des interrogatoires de témoins menés par la défense mardi, c'est le rôle des passants attroupés autour de la scène. Pour le monde entier, qui a vu les vidéos que certains d'entre eux ont diffusées, ils essayaient d'empêcher la mort de Floyd en implorant Chauvin de desserrer son étreinte. Pour la défense de l'ex-policier, ils l'ont peut-être en fait empêché de se préoccuper de Floyd en créant un danger immédiat auquel il risquait de faire face. 

C'est pourquoi la vidéo tournée par la caméra d'un autre policier présent a été diffusée en longueur. Peter Chang sécurisait la voiture de George Floyd tandis que ses collègues tentaient de l'arrêter. En décrivant la scène à la barre, il a estimé que "la foule devenait de plus en plus bruyante et agressive" autour de la voiture de police, ce qui l'aurait même amené à "s'inquiéter pour la sécurité" de ses collègues. 

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Les vidéos de cette arrestation à Minneapolis, filmées par les passants ce jour-là, avaient embrasé les États-Unis pour plusieurs mois, et frappé l'opinion mondiale. Les derniers mots de Floyd avant sa mort, "I can't breathe" ("Je ne peux pas respirer", NDLR), sont devenus le slogan de manifestations dans le monde entier- et particulièrement en France. 

Désormais, cette scène qui a fait le tour du monde est décortiquée sous l'angle de la défense pour en modifier l'interprétation, avec un seul but en tête : instiller le doute. Il suffit qu'un juré sur douze ne soit pas convaincu de sa culpabilité pour que Derek Chauvin ne soit pas condamné. Dans le cas contraire, l'ancien policier pourrait écoper de 40 ans de prison.

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