Affaire Gerry Adams : quel impact sur le processus de paix en Irlande du Nord ?

Affaire Gerry Adams : quel impact sur le processus de paix en Irlande du Nord ?

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JUSTICE – Gerry Adams, leader du parti nationaliste nord-irlandais Sinn Fein, a été relâché dimanche soir après quatre jours de garde à vue dans le cadre d'une enquête sur un meurtre commis par l'IRA en 1972. L'évènement a provoqué un regain de tensions entre catholiques et protestants, réunis dans un gouvernement de coalition.

Seize ans après les accords de paix, l'Irlande du Nord se retrouve confrontée à son lourd passé. Les tensions entre protestants et catholiques, réunis dans un gouvernement de coalition, ont repris de plus belle ces derniers jours. Au cœur de la polémique : le sort de Gerry Adams, leader du parti républicain Sinn Fein. Un parti catholique, considéré comme l'aile politique de l'IRA (Armée républicaine irlandaise). Ce dernier a été libéré dimanche soir, après quatre jours de garde à vue.

L'homme de 65 ans était entendu sur l'une des pires exactions commises par l'IRA : le meurtre d'une mère de famille, en 1972, accusée à tort d'être une espionne à la solde des autorités britanniques. Désormais, c'est au procureur de décider du sort du leader politique. Donc, de l'inculper ou non pour ce meurtre.

Le rôle clé de la police

L'évènement est lourd de conséquences. Gerry Adams est en effet l'un des principaux artisans du processus officiel de réconciliation entre les communautés catholique et protestante. Un accord, scellé en 1998 dans la province britannique, se concrétise aujourd'hui par un gouvernement bi-confessionnel, qui réunit les Républicains du Sinn Fein et les Unionistes d'Ulster (protestants). Une union fragile qui s'est vue secouée par l'arrestation du dirigeant politique.

D'un côté, les Républicains reprochent à la police de vouloir nuire politiquement à leur parti, à trois semaines des élections européennes. De leur côté, les Unionistes accusent le Sinn Fein d'essayer de faire du chantage à la police. Il faut dire que le vice-Premier ministre et membre du Sinn Fein, Martin McGuiness, a ouvertement menacé de "reconsidérer" son soutien à la police, une institution-clé dans le fragile processus de paix dans la province britannique, si Gerry Adams était inculpé. L'homme, ancien commandant de l'IRA assumé, accuse une partie de la police d'être "opposée au processus de paix et de haïr Gerry Adams".

Le Sinn Fein a "franchi la ligne"

Des propos qui n'ont pas été du goût du Premier ministre nord-Irlandais, le protestant unioniste Peter Robinson, qui a accusé son collègue d'avoir "franchi la ligne". "J'avertis le Sinn Fein qu'ils ont franchi la ligne et doivent immédiatement abandonner leur attitude destructrice", a menacé le chef du gouvernement.

Les mots de Gerry Adams, peu après sa libération, n'ont pas apaisé la situation. Après avoir réaffirmé son innocence, l'homme a directement critiqué la manière dont la police d'Irlande du Nord a géré son arrestation, et a déclaré qu'elle envoyait "un mauvais signal" pour la paix. "Ceux qui ont autorisé (cette arrestation) n'ont pas pris la bonne décision stratégique", a-t-il affirmé. Il a toutefois redit son attachement au processus de paix : "On ne peut pas revenir en arrière".

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