Affaire Khashoggi : pourquoi il ne faut pas attendre grand chose de la rencontre Macron-MBS au G20

Affaire Khashoggi : pourquoi il ne faut pas attendre grand chose de la rencontre Macron-MBS au G20

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DIPLOMATIE - Le sommet qui se déroule en Argentine est la première occasion pour le chef de l'Etat d'évoquer avec son homologue saoudien le sort du journaliste tué en octobre. Seulement voilà : depuis le début de l'affaire, la France prend des pincettes avec son partenaire.

Attention, sujet sensible. Deux mois après l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, le sujet continue d'embarrasser les chancelleries occidentales. En particulier quand tout ce petit monde se retrouve autour de la même table, comme cela sera le cas ce week-end au G20 de Buenos Aires, où Emmanuel Macron a promis d'évoquer l'affaire.


Interrogé sur les suites de l'assassinat, le président français a d'ores et déjà répondu, jeudi 29 novembre : "J'aurai l'occasion indubitablement de l'évoquer avec le prince héritier en marge du sommet".  Il a réclamé à nouveau une "clarté complète" sur ce dossier qui fait grand bruit et suggéré d'associer "la communauté internationale" à l'enquête. Avant de préciser : "Je souhaite que les investigations apportent une clarté complète à la famille et aux proches et à la communauté internationale, et qu'il puisse y avoir une association de la communauté internationale". Est-ce le message qu'il a directement fait passer au prince héritier ? Une séquence enregistrée ce vendredi et relayée sur Twitter montre les deux hommes en grande discussion. "Vous ne m'écoutez jamais", dit le président français au saoudien. Et celui-ci de lui répondre, tout sourire : "Je vous écoute évidemment."

L'enquête saoudienne va "dans le bon sens"

Pour l'Elysée, difficile de se brouiller avec "MBS". Depuis le début de la crise, la France se borne en effet à dire que "toute la vérité" doit être établie sur "les circonstances et les responsables" et qu'aujourd'hui, "le compte n'y est pas". D'ailleurs, contrairement aux Etats-Unis et à l'Allemagne, elle n'a encore pris aucune sanction contre la vingtaine de suspects soupçonnés d'être impliqués dans le meurtre. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait certes promis le 19 novembre des sanctions "très rapidement" mais aussi souligné que la France devait encore "se faire une opinion".


Prenant le contrepied de la Turquie, qui joue aussi sa propre partition, très offensive contre le Royaume dans cette affaire, la France a estimé le 15 novembre que l'enquête saoudienne allait "dans le bon sens" avec l'annonce du renvoi de suspects devant la justice. Le procureur général saoudien a alors inculpé 11 personnes et requis la peine de mort contre cinq d'entre elles, mais totalement dédouané le prince héritier.


Emmanuel Macron a refusé d'emboîter le pas à la chancelière allemande Angela Merkel, qui a décrété un embargo sur les ventes d'armes à l'Arabie tant que les dessous du meurtre ne seraient pas éclaircis, allant même jusqu'à la taxer de "démagogie" avant de convenir avec elle d'une plus grande "coordination sur le sujet". Le dirigeant français a alors rappelé l'importance de l'alliance avec l'Arabie saoudite pour la France et les autres pays occidentaux, qu'il s'agisse d'équilibre régional face à l'Iran, de coopération militaire ou de fourniture de pétrole. "L'Arabie saoudite est un pays stratégique dans la géopolitique mondiale (...) Beaucoup s'interrogent sur la montée du prix du pétrole. Qu'ils s'interrogent aussi sur les conséquences qu'ils promeuvent" en menaçant Ryad, relevait le chef de l'Etat français fin octobre.

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Meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi

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