Affaire Maddie McCann : treize ans de mystère et une fillette introuvable

Affaire Maddie McCann : treize ans de mystère et une fillette introuvable
International

FAIT DIVERS – Madeleine McCann, 3 ans, a disparu le 3 mai 2007 alors qu'elle se trouvait en vacances en famille dans la station balnéaire de Praia da Luz au Portugal. En 2020, alors qu'un nouveau suspect vient d'être identifié, la fillette, elle, reste introuvable.

De grands yeux clairs, des cheveux blonds, un carré long et une frange inégale. Les photos de la Madeleine McCann ont fait le tour du monde après sa disparition, en 2007.

Surnommée Maddie, la petite Britannique a disparu le 3 mai, il y a un peu plus de treize ans, à quelques jours de son quatrième anniversaire. Elle se trouvait dans sa chambre, dans l'appartement d'un complexe hôtelier loué par ses parents pour les vacances dans la petite station balnéaire de Praia da Luz, dans le sud du Portugal. Depuis, cette affaire toujours non résolue fait partie de celles qui hantent les esprits . Retour sur treize ans de mystère.

3 mai 2007, un dîner, une disparition

Le soir de sa disparition, Maddie dort dans sa chambre avec son frère et sa soeur, des jumeaux de deux ans. Les parents, eux, dînent avec des amis dans un restaurant non loin de là. En rentrant, Kate et Gerry McCann réalisent que la petite Maddie n'est plus dans son lit. 

Très vite, les personnels d'hôtel et les forces de l'ordre sont alertés de la disparition. Le complexe hôtelier, les maisons avoisinantes, les plages, tout est fouillé et de nombreuses personnes sont interrogées, en vain. Aucune trace de l'enfant. Le 7 mai, la mère de Maddie lance un appel à témoins à la télévision. 

Des policiers britanniques arrivent sur place, le périmètre de recherche est étendu et des centaines de bénévoles participent aux recherches. Plusieurs personnes promettent également des récompenses de plusieurs milliers d'euros à qui permettra de localiser la petite fille ou d'aider les enquêteurs.

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15 mai 2007, un Britannique mis en examen

Moins de quinze jours après la disparition de la petite fille, un Britannique de 32 ans, Robert Murat, résidant à cent mètres de l'appartement de Praia da Luz, est mis en examen, sans accusation formelle. La police judiciaire privilégie alors la thèse de l'enlèvement. 

Ce premier suspect, qui sera longuement interrogé, vit depuis plusieurs années dans une villa, Casa Liliana, avec sa mère de 79 ans. Divorcé, il travaille dans une agence immobilière de la région. Très actif dans les recherches de la petite Maddie depuis le début de l'enquête, Robert Murat a affirmé à plusieurs interlocuteurs dont des journalistes avoir été employé par la police comme traducteur pour interroger des témoins.Il avait alors éveillé les soupçons.

Septembre 2007, les parents eux aussi mis en examen

Trois mois après la disparition de Maddie, la police fait savoir que "la mort possible de la fillette est désormais l'hypothèse privilégiée". Quelques jours plus tôt, des traces de sang ont été retrouvées grâce à des techniques pointues dans la chambre des enfants de la famille McCann.

La police s'interroge sur le rôle éventuel des parents et les auditionne pendant de longues heures. Le 7 septembre, les époux McCann sont mis en examen, et laissés libres. Ils sont alors soupçonnés d'homicide involontaire et dissimulation de cadavre mais aucun chef d'accusation n'est retenu à leur encontre. Le couple quitte alors le Portugal pour le Royaume-Uni.

Revenus dans leur pays, les McCann engagent alors des détectives privés pour vérifier les témoignages de personnes affirmant avoir vu Maddie. Parallèlement, The Telegraph révèle que la police portugaise pense que Maddie serait morte après une chute dans les escaliers et que ses parents, paniqués, auraient caché le corps.

Le 1er décembre 2007, la presse portugaise annonce que les analyses d'ADN faites sur les indices trouvés dans l'appartement d'où a disparu la petite fille ne permettent pas de conclure à son décès. Les investigations se poursuivent.

2008, affaire classée et levée de mise en examen

Après 14 mois d'investigations controversées, marquées notamment par la mise en examen des parents de la fillette, Gerry et Kate McCann, puis par le limogeage de l'inspecteur en charge de l'enquête, la police portugaise classe l'affaire en 2008 et lève la mise en examen "faute de preuves" des époux et de Robert Murat. 

La police portugaise rouvrira le dossier cinq ans plus tard, en 2013. Selon le quotidien populaire Correio da Manha, les enquêteurs souhaitaient reprendre l'enquête afin de suivre la piste d'un enlèvement organisé par un réseau pédophile.

Scotland Yard ouvrira cette même année sa propre enquête.

2017, un triste anniversaire

Le 3 mai 2017, dix ans après la disparition de la fillette britannique, un service religieux en sa mémoire est organisé  à l'église de Praia da Luz dans le sud du Portugal. Ses parents, qui avaient l'habitude de se recueillir dans cette église après le drame, n'y assistent pas. Pour ce triste anniversaire, le couple participe à un office religieux dans l'église de Rothley, bourgade du centre de l'Angleterre où ils résident.

Quelques jours avant cette date, les époux McCann avaient confié à la BBC avoir toujours "l'espoir" de retrouver vivante leur fille. 

Plusieurs portraits-robots diffusés

Au fil des ans, plusieurs portraits-robots ont été diffusés sur différents supports. En janvier 2008, Kate et Gerry McCann avaient diffusé celui d'un homme susceptible d'être lié à la disparition de leur fille. Le portrait, extrêmement précis, dépeignait un homme au visage émacié et aux traits rugueux, aux cheveux noirs mi-longs et touffus, aux sourcils broussailleux et à la longue moustache tombante. Un second croquis, dessiné par le même artiste certifié par le FBI et employé par l'équipe d'enquêteurs de la famille McCann, le montrait en train de marcher, dans un pantalon gris clair et une veste de safari couleur sable.

L'homme avait été décrit par le témoin qui a permis d'établir ces deux images, comme n'étant sans doute pas portugais, mais peut-être d'origine nord-africaine, marocaine ou tunisienne, voire espagnole. D'une quarantaine d'années, il parlait anglais avec un fort accent.

En février 2014, deux nouveaux portraits-robots d'un autre homme sont diffusés dans les médias, suite au témoignage de deux témoins venus à la police portugaise peu après la disparition de Maddie. Cet homme, âgé de 20 à 40 ans, pourrait parler allemand et aurait été vu le soir de la disparition de la petite fille à proximité de l'appartement loué par les McCann. Il était décrit comme une homme blanc avec des cheveux châtains courts, rasé de près, et son audition par la police est considérée comme étant d'une "importance vitale" pour l'enquête.

Ces portraits-robots, comme les autres, n'ont rien donné.

Plusieurs suspects interrogés

En treize ans, outre les parents McCann et Robert Murat, les polices britannique et portugaise ont identifié plusieurs suspects. 

Douze ans après la disparition, le 6 mai 2019, la police portugaise a enquêté sur un nouveau personnage, dans le cadre de leurs investigations sur un potentiel enlèvement. D'après le Correio da Manha, et contrairement aux informations publiées dans la presse britannique, il ne s'agissait pas de l'Allemand Martin Ney, en prison à ce moment dans son pays pour avoir enlevé et tué trois petits garçons entre 1992 et 2001. Il n'y a pas eu de suite.

Mercredi 3 juin 2020, la police allemande a révélé enquêter sur un nouveau suspect, un pédophile multirécidiviste actuellement incarcéré en Allemagne, qu'elle soupçonne du meurtre de la fillette britannique. Cet Allemand de 43 ans, dont le nom n'a pas été divulgué, purge actuellement une longue peine de prison "pour une autre affaire", a indiqué la police fédérale allemande dans un communiqué. Le suspect serait un "délinquant sexuel déjà condamné à plusieurs reprises", notamment pour avoir abusé sexuellement des enfants, a précisé la police. Identifié grâce à une "étroite collaboration" entre les polices allemande, britannique et portugaise après un renseignement reçu par les Britanniques aux environs du dixième anniversaire de la disparition, il aurait vécu pendant plusieurs années dans une maison située près de Praia da Luz et aurait travaillé dans la région. 

Selon la police allemande, des éléments suggèrent que le suspect gagnait également sa vie en "commettant des délits, notamment des cambriolages dans des complexes hôteliers et des appartements de vacances", ainsi que du trafic de drogue.

L'appel à renseignement porte notamment sur deux numéros de téléphone ainsi que deux véhicules qu'il aurait utilisés: une Jaguar XJR 6 de couleur sombre immatriculée à Augsbourg, en Bavière, et un van Volkswagen T3 Westfalia blanc et jaune avec une plaque portugaise.

La police britannique, qui décrit le suspect comme un homme blanc d'environ 1,80 mètre, mince et aux "cheveux blonds courts" en 2007, a précisé qu'il aurait vécu dans ce van "pendant des jours, voire des semaines" et qu'il l'a peut-être utilisé le 3 mai 2007, jour de la disparition de Madeleine McCann.

Des auditions étaient en cours ce jeudi au Portugal depuis de nouveau rebondissement dans l'affaire.

Les parents "reconnaissants"

Les parents de Maddie, eux, se sont félicités de l'identification d'un nouveau suspect.  Gerry et Kate McCann "ont reconnaissants et se félicitent de cet appel à témoins. Ils veulent simplement savoir ce qui est arrivé à leur fille, découvrir la vérité et traduire les responsables en justice", a dit leur porte-parole, Clarence Mitchell, sur la BBC. "Ils n'ont pas perdu l'espoir de la retrouver en vie, malgré le temps passé. (...) Mais ils sont réalistes et se disent que, quelle que soit l'issue de cet appel à témoins (...), ils ont besoin de savoir pour retrouver la paix".

Des centaines de personnes ont été entendues depuis le début de cette triste affaire et de nombreuses  pistes ont été étudiées. Maddie elle, reste introuvable. 

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