Haute tension après l'empoisonnement d'un ex-espion russe : tout comprendre à l'affaire Skripal

Haute tension après l'empoisonnement d'un ex-espion russe : tout comprendre à l'affaire Skripal
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CRISE - Un ancien agent double russe attaqué dans une bourgade anglaise, un poison conçu en Union soviétique et des conséquences diplomatiques très fâcheuses... LCI vous explique l'affaire Skripal.

Un parfum de Guerre froide flotte sur l'Europe, ces derniers jours. Depuis l'empoisonnement d'un ancien espion russe sur le sol britannique, le 4 mars, une bataille diplomatique fait rage entre plusieurs pays occidentaux et la Russie. LCI vous explique comment une tentative d'assassinat peu commune a donné lieu à une confrontation au plus haut niveau.

Que s'est-il passé le 4 mars ?

Le dimanche 4 mars, en milieu d'après-midi, les habitants de Salisbury, une ville de 50.000 habitants au sud de l'Angleterre, ont été confrontés à une scène étrange. Alors que des badauds se promenaient dans un petit parc de la ville, ils voient un sexagénaire et sa fille inconscients sur un banc public. "Elle était appuyée sur lui, un peu comme si elle s'était évanouie. Lui faisait des mouvements étranges avec ses mains, les yeux levés au ciel, raconte un témoin à la BBC.


Appelée sur les lieux, la police prend conscience de l'urgence et envoie les deux victimes à l'hôpital. Puis c'est au tour des policiers et des ambulanciers eux-mêmes de se plaindre de difficultés respiratoires et d'irritations aux yeux. À l'heure actuelle, les deux victimes ainsi qu'un policier sont toujours hospitalisés dans un état grave.

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VIDÉO - 8 jours après l'empoisonnement, Salisbury est sous le choc

Qui est Sergueï Skripal ?

On apprend rapidement l'identité du sexagénaire : Sergueï Skripal, un Russo-britannique de 66 ans. Il était accompagné de sa fille âgée d'une trentaine d'année, Youlia, venue lui rendre visite depuis Moscou. L'homme résidait au Royaume-Uni depuis 2010 et menait une vie paisible. 


Mais c'est le passé de Sergueï Skripal qui soulève les premières interrogations. Le sexagénaire est un ancien agent double qui travaillait au profit des services secrets britanniques. D'abord employé du GRU, le service de renseignement de l'armée russe, il a été recruté en 1995 par le MI6, les services secrets de Sa Majesté. Il a notamment fourni aux britanniques les identités de dizaines d'agents russes actifs en Europe, contre un paiement de 100.000 dollars.


Démasqué puis arrêté en 2004 par les autorités russes, Sergueï Skripal est condamné en 2006 à 13 ans de détention pour haute trahison et espionnage. Il est finalement libéré avec d'autres agents doubles en 2010 contre 10 agents russes, dans le cadre du plus gros échange de prisonniers depuis la fin de la Guerre froide. 

Qu'est ce que le Novitchok, ce poison au centre des accusations ?

L'histoire de l'ex-espion aurait pu s'arrêter là. Mais quelqu'un a, selon toute vraisemblance, essayé de tuer Sergueï Skripal. Pour cela, l'agresseur a utilisé un "agent innervant", autrement dit un poison qui s'attaque au système nerveux humain : le Novitchok. Ce terme désigne en réalité un groupe d'agents innervants conçus par l'Union soviétique dans les années 1970 ou 1980.


Le Novitchok "provoque un ralentissement du rythme cardiaque et l’obstruction des voies respiratoires jusqu’à la mort par asphyxie", explique à Reuters Gary Stephens, expert en pharmacologie à l’université de Reading. Il existe sous forme liquide ou de poudre, et peut être mélangé à de la nourriture, projeté sur quelqu'un ou collé sur la peau comme un patch.


C'est la première fois qu'un tel poison est utilisé de manière offensive en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Novitchok est considéré comme 5 à 10 fois plus létal que d'autres agents déjà bien connus, comme le gaz sarin et le VX. Le premier a été récemment utilisé contre des civils en Syrie et le second contre le frère de Kim Jong-un, assassiné en Malaisie.

Qui accuse qui ?

Rapidement, au vu du poison utilisé et du profil de la victime, les premiers soupçons se sont portés sur la Russie. Deux jours après les faits, l'excentrique ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, affirme que "si l’enquête démontre la responsabilité d’un Etat, le gouvernement répondra de façon appropriée et ferme", tout en qualifiant la Russie de "force néfaste et perturbatrice dans bien des aspects".


S'ensuit une escalade verbale d'une semaine. Les pays occidentaux - Royaume-Uni, France, Allemagne, États-Unis - deviennent de plus en plus affirmatifs dans leurs accusations envers la Russie, qui pour sa part nie en bloc. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, qualifie les accusations de Londres de "propagande" et a refusé de répondre à l'ultimatum lancé par les Britanniques. Il refuse également de coopérer à l'enquête si Londres ne lui envoie pas un échantillon du poison.


Mercredi, Theresa May a annoncé l'expulsion de 23 diplomates russes et le gel des contacts bilatéraux avec Moscou. La Première ministre britannique a également indiqué qu'aucun ministre ni membre de la famille royale ne se rendrait en Russie pour la Coupe du monde de football.


Dernier rebondissement, ce mercredi : Londres, Paris, Berlin et Washington affirment dans un communiqué commun que la responsabilité de la Russie dans cette tentative d'assassinat est la seule explication "plausible". Les quatre alliés demandent également à Moscou "toutes les informations" sur son programme chimique. Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg affirme pour sa part que "cette attaque est extrêmement grave", et que si la Russie cherche la confrontation, "nous serons en mesure de défendre tous nos membres".

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VIDÉO - Ex-espion russe empoisonné : Londres expulse 23 diplomates russes

D'autres décès suspects ?

L'attaque sur Sergueï Skripal a motivé la ministre de l’Intérieur britannique, Amber Rudd, à rouvrir 14 enquêtes liées à des affaires remontant à 2006. Parmi ces 14 affaires, qui n'avaient à l'époque pas été considérées comme suspectes, figure celle, médiatisée, de la mort de Boris Berezovski, un oligarque russe ennemi de Poutine retrouvé pendu à son domicile en 2013. 

À cette liste, déjà publiée en juin 2017 dans une longue enquête de Buzzfeed, s'ajoute un quinzième décès, Nikolaï Glouchkov, un proche de Berezovski retrouvé mort lundi soir à son domicile londonien.

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Ex-espion russe empoisonné : une affaire au parfum de guerre froide

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