Affrontements, évasion dans une prison, crise politique… Haïti au bord du chaos

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CRISE - Haïti a connu mardi une nouvelle journée de tensions en marge des manifestations. Au moins six personnes ont trouvé la mort depuis le début de la contestation jeudi, les manifestants réclamant la démission du président. Comment le pays a-t-il basculé ? Éléments d'explications.

Véhicules brûlés, violentes échauffourées, évasion... Haïti s'enfonce chaque jour un peu plus dans la crise.  Une crise profonde, aux ressorts complexes : le pays est confronté à un marasme économique, une instabilité politique et des catastrophes naturelles qui se répètent. 

Que s'est-il passé à ces derniers jours ?

Depuis six jours, plusieurs milliers de personnes manifestent, parfois avec violence, dans la capitale et en province pour réclamer la démission du président Jovenel Moïse. Voitures incendiées, quelques magasins pillés...  Le rassemblement a dégénéré dans le centre-ville de Port-au-Prince.  Au moins six personnes ont été tuées. Les 78 détenus de la prison de la ville d'Aquin, au sud d'Haïti, ont quant à eux réussi à s'évader en marge des heurts.

Pourquoi ce regain de tensions ?

La frustration populaire a été exacerbée par la publication, fin janvier, d'un rapport de la Cour supérieure des comptes sur la gestion calamiteuse et les possibles détournements des fonds prêtés depuis 2008 par le Venezuela à Haïti pour financer son développement.  Une quinzaine d'anciens ministres et hauts fonctionnaires sont épinglés. De même qu'une entreprise dirigée à l'époque par le président Moïse, identifiée comme bénéficiaire de fonds pour un projet de construction d'une route sans signature de contrat. Face à cet audit, à la colère populaire et aux violences, le pouvoir exécutif s'enfonce dans le mutisme.

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Pourquoi cette instabilité politique ?

Sous domination espagnole jusqu'en 1697, puis française, Haïti devient la première république noire indépendante en 1804 après une révolte des esclaves menée par Toussaint Louverture. Depuis, Haïti a connu une succession de dictatures, entrecoupées de quelques alternances démocratiques et d'occupations étrangères.

De 1957 à 1986, François Duvalier (dit "Papa doc"), puis son fils Jean-Claude ("Baby doc"), soumettent la population à un contrôle total sous la coupe d'escadrons de la mort, les "tontons macoutes". Chassé par une révolte populaire en 1986, "Baby doc" s'exile en France pendant 25 ans, avant de revenir à Haïti, où il mourra en 2014.

En 1990, le prêtre Jean-Bertrand Aristide est élu lors de la première élection libre. Renversé par un coup d'Etat en 1991, il s'exile, puis regagne Haïti en 1994 après une intervention américaine. Un de ses proches, René Préval, prend la présidence en 1996. Jean-Bertrand Aristide redevient président en 2001. Sous pression des Etats-Unis, de la France et du Canada, d'une insurrection armée et d'une révolte populaire, il démissionne en 2004 et s'exile. René Préval, qui revient au pouvoir en 2006, est le seul dirigeant haïtien à avoir achevé ses deux mandats autorisés par la Constitution, sans subir de coup d'Etat ni être contraint à s'exiler. Michel Martelly, ex-star du carnaval, lui succède en 2011. L'actuel président, l'homme d'affaires Jovenel Moïse, a été investi en février 2017.

Les catastrophes naturelles jouent-elles un rôle ?

Si elles ne sont  pas responsables de l'instabilité politique et de la fronde sociale, les catastrophes naturelles à répétition ont un impact sur les 11 millions d'habitants d'Haïti. Le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7 dévaste la capitale Port-au-Prince et sa région, faisant plus de 200.000 morts, plus de 300.000 blessés ainsi que 1,5 million de sans-abris, laissant le pays en ruines, y compris le palais présidentiel. Une grande partie des milliards d'aide internationale promis n'arrivent jamais et les efforts du pays pour se relever sont ralentis par l'instabilité politique.

Début 2018, un scandale éclate concernant des abus sexuels commis par certains employés de l'ONG britannique Oxfam après ce séisme. En outre, plus de 10.000 Haïtiens sont morts du choléra, introduit dans le pays en octobre 2010 par des Casques bleus népalais. En octobre 2016, Haïti est ravagé par l'ouragan Matthew, le plus fort en une décennie (plus de 500 morts, près de 2 milliards de dollars de dégâts).

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