Afghanistan : comment les opposants sont traqués par le régime taliban

Afghanistan : comment les opposants sont traqués par le régime taliban

KABOUL - Les exactions commises par les insurgés islamistes commencent à être documentées depuis leur reprise du pouvoir en Afghanistan. La traque des opposants au régime taliban s’organise, malgré le discours affiché.

Depuis la reprise du pouvoir par les talibans, la peur règne à Kaboul. Les insurgés islamistes comptent faire appliquer leurs lois coûte que coûte et, en dépit d’une communication se voulant moderne et souple, leur mode opératoire est peu à peu révélé par des rapports officiels ou d’ONG. Cette répression passerait notamment par des "listes prioritaires" d’individus à arrêter, selon un document confidentiel des Nations unies consulté jeudi 19 août par l’AFP. Les personnes recherchées activement par les talibans sont celles ayant travaillé avec les forces américaines et l’OTAN, les plus à risque étant celles avec des postes à responsabilité au sein de l’armée afghane, de la police ou des services de renseignement.  

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L'Afghanistan aux mains des talibans

Pour mener à bien leur mission, les talibans n’hésitent pas à filtrer l’accès à l’aéroport de Kaboul aux candidats afghans au départ et à conduire des "visites ciblées porte-à-porte", selon le document rédigé par des experts d’évacuation des risques pour l’ONU. Des témoignages allaient déjà en ce sens lundi 16 août, au lendemain de la reprise de Kaboul. "Les talibans ont commencé à faire du porte-à-porte à la recherche de responsables gouvernementaux, d’anciens membres des forces de police et de sécurité et de ceux qui travaillaient pour des ONG de pays étrangers ou des infrastructures en Afghanistan. Au moins 3 domiciles de journalistes ont été perquisitionnés au cours de la dernière heure", écrivait Mustafa, un journaliste afghan coincé à Kaboul, sur son compte Twitter.

Des journalistes pris pour cible

De fait, la presse afghane comme étrangère est particulièrement ciblée. Vendredi 20 août, la radio allemande Deutsche Welle (DW) a annoncé qu’un proche d’un de ses journalistes avait été tué par les talibans et un autre grièvement blessé. Cet éditeur allemand, désormais installé en Allemagne, est traqué par les talibans depuis plusieurs jours, ces derniers n'hésitant pas à s’attaquer à son entourage. "Il est évident que les talibans effectuent d’ores et déjà des opérations organisées à la recherche de journalistes, à la fois à Kaboul et dans les provinces", a prévenu Peter Limbourg, directeur général de la radio, dans un communiqué. Les domiciles d’au moins trois journalistes de DW auraient été fouillés tandis qu’un journaliste de la télévision Ghargasht TV, Nematullah Hemat, aurait été enlevé et le directeur de la radio Paktia Ghag, abattu. Autant d'éléments à la disposition des autorités allemandes, qui permettent de mettre sérieusement en doute la défense de la liberté de la presse dont se targuent désormais les talibans.

Mais les exactions n’ont pas commencé à l’instant où ils ont repris le pouvoir. Après s’être emparés début juillet de la province de Ghazni, au sud-ouest de Kaboul, des combattants talibans ont ainsi assassiné neuf hommes de la minorité hazara, rapporte Amnesty International à partir de témoins oculaires. Six hommes ont été abattus tandis que trois autres ont été torturés à mort, selon une enquête publiée jeudi 19 août. "Ces assassinats ciblés sont la preuve que les minorités ethniques et religieuses restent particulièrement menacées sous le régime taliban en Afghanistan", décrit ainsi Agnès Callamard, secrétaire générale de l’ONG. Pour autant, l’étendue des meurtres commis par les insurgés est encore mal documentée puisque "le groupe a coupé le service de téléphonie mobile dans de nombreuses zones qu’ils ont récemment capturées, contrôlant les photographies et les vidéos qui sont ensuite partagées depuis ces régions". 

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Mardi 17 août, la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye faisait elle aussi état d’"une escalade de la violence dans le pays". Des "exécutions extrajudiciaires en guise de représailles qui auraient visé des détenus et des individus s’étant rendus, des persécutions à l’égard de femmes et de jeunes filles, des crimes commis contre des enfants et d’autres crimes touchant la population civile dans son ensemble" auraient été signalés récemment, selon Karim Khan, le procureur général de la CPI. "Tous ceux qui sont dans le camp opposé sont pardonnés de A à Z. Nous ne cherchons pas à nous venger", assurait le jour même le porte-parole des talibans, lors de leur première conférence de presse. 

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