Afghanistan : comment les talibans et Donald Trump sont passés à côté d'un accord historique

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DIPLOMATIE - En quelques tweets, dans la soirée du samedi 7 septembre, Donald Trump a annulé les pourparlers en cours depuis un an avec les insurgés en Afghanistan. Ils semblaient pourtant sur le point d'aboutir à un accord, après dix-huit ans de conflit en Afghanistan.

Entamée en 2001 en représailles des attentats du 11-Septembre, la guerre en Afghanistan constitue à ce jour la plus vieille guerre dans laquelle sont engagés les Etats-Unis. Elle aurait pu prendre fin dimanche 8 septembre, à Camp David, à l'issue d'une rencontre entre Donald Trump et les chefs des talibans. Las, une vague d'indignation au sein des élus américains sur le choix du lieu pour la rencontre mais aussi un attentat à Kaboul, le jeudi précédent – où un  soldat américain a été tué – a rabattu les cartes. Et la violence risque de redoubler : les talibans ont menacé dimanche de faire "souffrir" l'Amérique, laquelle a durci ses frappes ces dernières heures. Comment expliquer cette brusque escalade ?  Explications.

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Pourquoi les pourparlers entre Washington et les talibans étaient-ils en bonne voie depuis un an ?

Devant l'impasse sécuritaire qui a déchiré le pays ces dernières années, Washington a reconnu durant l'été 2018 que ce conflit n'aurait pas de "solution militaire". Il a dès lors entamé, à Doha (Qatar), des discussions directes avec les talibans. A la manœuvre côté américain : Zalmay Khalilzad, l'ex-ambassadeur américain en Afghanistan. Nommé envoyé spécial pour la paix par Donald Trump pour mettre un terme "aux guerres sans fins", il a mené à Doha neuf séries de pourparlers avec des représentants talibans. 

Que prévoyait l'accord ?

Un document était pratiquement approuvé il y a encore quelques jours. Celui-ci prévoyait un calendrier de retrait par étape des troupes américaines déployées en Afghanistan. Dans un premier temps, dans les 135 premiers jours, l'US Army devait quitter cinq bases et les forces américaines, passer de 13.000 à 14.000 soldats aujourd'hui à 8.600. Un calendrier pour des diminutions ultérieures, si les conditions étaient réunies, devait aussi être inclus dans le texte.

En échange de ce retrait, les insurgés se seraient engagés à une "réduction de la violence" dans certaines zones - mais pas à un cessez-le-feu -, à garantir que les territoires qu'ils contrôlent ne puissent plus servir de base arrière à des organisations "terroristes" et à mener pour la première fois des négociations de paix directes avec le gouvernement de Kaboul. Mais l'édifice a volé en éclat samedi, Donald Trump dénonçant la poursuite des attentats pendant les négociations.

Et maintenant ?

Après avoir rompu ces négociations, Donald Trump a assuré que l'armée américaine avait durci son offensive contre le mouvement rebelle depuis l'attentat meurtrier de jeudi à Kaboul qui a tué un soldat américain. "Au cours des quatre derniers jours, nous avons frappé nos ennemis plus fort qu'à n'importe quel moment ces dix dernières années", a-t-il tweeté, en réponse à la menace des talibans dimanche de faire "souffrir" l'Amérique.  Des menaces néanmoins réitérées lundi par les talibans : "Nous avions deux façons d'en finir avec l'occupation de l'Afghanistan, celle du djihad et des combats, et celle des pourparlers et des négociations. Si Trump veut arrêter les discussions, nous emprunterons le premier chemin et ils le regretteront bientôt".

Malgré ce regain de tensions, une porte de sortie serait toujours d'actualité. En effet, le chef de la diplomatie Mike Pompeo n'a pas exclu dimanche une reprise des discussions avec les insurgés afghans. Côté Donald Trump, l'agenda est un élément à prendre en compte, lui qui a été élu sur la promesse maintes fois répétée de "mettre fin aux guerres sans fin". C'est ce qu'il a tenté par exemple de faire ces derniers mois avec la Corée du Nord. "J'aimerais partir mais nous partirons au bon moment", a-t-il répondu, évasif, lundi.

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