Afghanistan : des manifestants défient les talibans en célébrant l’anniversaire de l’indépendance

Les talibans cherchent à rassurer par tous les moyens. Ils promettent de pardonner à leurs ennemis d'hier et de laisser les femmes travailler, dans une certaine mesure. Voilà pour le discours officiel, mais faut-il y croire ? Quelle est la réalité ?

MANIFESTATIONS - Des manifestants ont défilé aux couleurs du drapeau noir-rouge-vert ce jeudi dans plusieurs villes, à l’occasion du 102e anniversaire de l’indépendance de l’Afghanistan. Des cortèges sous haute tension, que les talibans ont violemment cherché à disperser.

Alors que des milliers de personnes continuent à converger vers l'aéroport de Kaboul depuis que la capitale est tombée dimanche aux mains des talibans, des cortèges ont défilé dans les rues de la ville ce jeudi 19 août. Des manifestants ont défié les talibans dans la rue en brandissant le drapeau national à l’occasion du 102e anniversaire de l'indépendance de l'Afghanistan. Des scènes similaires se sont déroulées à Asadabad, dans l’est du pays.

Une fronde claire à l’encontre du pouvoir taliban, puisque le drapeau noir, rouge et vert a été remplacé sur les bâtiments publics par le drapeau blanc des insurgés, affublé d’une profession de foi islamique inscrite en noir, depuis la reprise de pouvoir par le mouvement islamiste radical au terme d’une conquête militaire éclair.

Les talibans n’ont d’ailleurs fait aucune mention de ce drapeau national dans un communiqué diffusé jeudi, évoquant l'indépendance et la défaite de l'Empire britannique, ainsi que la fin en 1989 d'une décennie d'occupation soviétique. "C'est une source de grande fierté pour les Afghans que leur pays soit aujourd'hui sur le point de retrouver son indépendance après l'occupation américaine", ont-ils au contraire estimé.

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L'Afghanistan aux mains des talibans

Des morts à Asadabad, des tentatives d'intimidation à Kaboul

Selon l’agence Reuters, relayé notamment pour le Guardian, plusieurs personnes seraient décédées après que les talibans aient ouvert le feu sur des manifestants à Asadabad, près de la frontière est du pays. D’après des témoins sur place, les circonstances des décès n’ont pas encore été élucidées : il n’est pas encore sûr que les victimes soient décédées sous les tirs des talibans, ou à la suite du mouvement de panique qui a ensuite saisi la foule après ces coups de feu.  

À Kaboul, des centaines de manifestants dont des femmes se sont rassemblés ce jeudi à Kaboul en brandissant le drapeau national, aux cris de "notre drapeau, notre identité", selon le Guardian. Des combattants talibans auraient encerclé les cortèges, en criant et en tirant en l’air pour tenter de disperser la foule, selon des images qui ont circulé sur les réseaux sociaux. 

Ces derniers ont aussi montré un homme attachant ce drapeau à un poteau sur la place Abdul Haq de Kaboul. Une autre image faisait paraître des dizaines de manifestants portant le drapeau et marchant dans les rues de la capitale. 

Un groupe de jeunes hommes et femmes a déployé un large drapeau tricolore noir, rouge et vert près de Wazir Akbar Khan, une banlieue de la capitale Kaboul, au moment même où un pick-up transportant des combattants talibans passait à côté, a constaté un journaliste de l'AFP. Le véhicule a ralenti et ses passagers ont lancé des regards scrutateurs au groupe, avant de finalement décider de passer leur chemin.

Dans la vidéo relayée par un activiste pachtoune, dans le tweet ci-dessous, un taliban retire le drapeau arboré au vélo d'un jeune homme et le déchire. 

Ces incidents surviennent au lendemain de manifestations anti-talibans à Jalalabad, dans l’est du pays également, qui auraient fait trois morts après que les talibans aient ouvert le feu, toujours selon Reuters. 

Des images de répression loin de la vaste opération de séduction médiatique lancée par les talibans depuis leur retour au pouvoir. Mardi 17 août, un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, avait assuré qu'il y aurait de "nombreuses différences" dans leur manière de gouverner par rapport à leur précédent règne entre 1996 et 2001. 

Ils avaient à l'époque imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, et voleurs et meurtriers encouraient de terribles châtiments. Mais pour nombre d'Afghans comme pour la communauté internationale, la méfiance reste de mise.

La résistance s’organise depuis le Panchir

Le vice-président afghan, Amrullah Saleh, a exprimé de son côté son soutien aux manifestants sur Twitter. "Je salue ceux qui portent le drapeau national et ceux qui se lèvent pour la dignité de la nation et du pays", a-t-il tweeté ce jeudi. 

L’homme politique a d’ailleurs appelé à engager une résistance armée contre les talibans, aux côtés d’Ahmad Massoud, le fils du plus célèbre adversaire des talibans et des Soviétiques, le commandant Ahmed Shah Massoud, assassiné le 9 septembre 2001 par Al-Qaïda. Depuis sa vallée du Panchir (nord-est de Kaboul), dernière région non contrôlée par les talibans, Ahmad Massoud assure être "prêt à marcher sur les traces de (son) père" et avoir déjà été rejoint par des soldats "dégoûtés par la reddition de leurs commandants" et par d'anciens membres des forces spéciales. 

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Il a demandé armes et munitions aux États-Unis, dans une tribune publiée dans le quotidien Washington Post, suppliant : "Vous êtes notre dernier espoir". "Les talibans ne contrôlent pas tout le territoire de l'Afghanistan", a confirmé le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, ce jeudi.

Parallèlement, les talibans, dont le cofondateur et numéro deux, le mollah Abdul Ghani Baradar, est rentré d'exil mardi, ont poursuivi leurs consultations politiques pour établir un gouvernement. Ils ont notamment discuté avec l'ancien président Hamid Karzai (de 2001 à 2014) et l'ancien vice-président Abdullah Abdullah.

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