Face aux talibans, "personne ne veut se lancer dans une guerre pour Ahmad Massoud"

Comme son père avant lui, Ahmad Massoud mène la résistance depuis le Panchir.

ANALYSE - Le fils du légendaire commandant Massoud assure toujours qu'il conduit la résistance dans la vallée du Panchir. Mais il semble acculé face à l'avancée de talibans qui crient déjà victoire. Analyse avec le chercheur Karim Pakzad.

Vingt ans jour pour jour après l’assassinat de son père, le commandant Massoud, dans un attentat revendiqué par Al-Qaïda, Ahmad Massoud est désormais à la tête du Front national de résistance contre le nouveau régime taliban. Réfugié dans la vallée du Panchir, bastion de la résistance en partie défait par les talibans,  le jeune homme peut compter sur des troupes fidèles mais affaiblies. À l’image de son père, Ahmad Massoud a promis de ne pas capituler devant l’ennemi. 

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L'Afghanistan aux mains des talibans

Et si les talibans sont parvenus à pénétrer dans le Panchir et ont affirmé le 6 septembre avoir pris le contrôle de la vallée, la guerre n’est pas perdue pour autant, selon le Front de résistance. La conquête de ce territoire montagneux et difficile d’accès n’est pas totale, a objecté Ahmad Wali Massoud, frère du commandant Massoud : "Ils sont venus pour prendre une route… mais le Panchir a tant de vallées. Donc ne pensez pas que parce qu’ils ont pris la route, ils ont pris le Panchir". 

Des appels tournés vers l'international

"Liberté", a lancé depuis son compte Twitter Ahmad Massoud, qui aurait franchi depuis les montagnes afghanes pour le Tadjikistan selon Zabi Massoud, le porte-parole de la famille Massoud. Comme un appel au "soulèvement national pour la dignité, la liberté et la prospérité" que le chef de la résistance espère pour l’Afghanistan. Mais à l’heure du retour des talibans, la promesse d'une rébellion organisée semble fragile. Ahmad Massoud a-t-il les épaules pour poursuivre la résistance portée par son père ? À cette heure, ses appels en direction de la communauté internationale (dans les pages du Washington Post ou dans une lettre adressée à Bernard Henri-Lévy) n’ont pas été suivis d’effets. Et les armes manquent aux hommes réfugiés dans la vallée du Panchir. 

Pour Karim Pakzad, chercheur associé à l’Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS), la géopolitique actuelle dépasse le seul sort du Front national de résistance : "Personne ne veut se lancer dans une guerre pour Ahmad Massoud ou pour le peuple afghan". Après vingt ans de présence américaine en Afghanistan, qui se sont soldés par le retrait des dernières troupes le 30 août dernier, "la guerre est terminée", estime ce spécialiste du pays, qui a enseigné à l’université de Kaboul dans les années 1970. Et les armes, qui furent fournies il y a trente ans par les Américains via le Pakistan à l’Alliance du Nord -Front de la résistance de l’époque- ne seront pas envoyées cette fois-ci. 

Au-delà d’une volonté internationale de ne plus interférer dans la crise afghane, un élément manque cruellement chez Ahmad Massoud, d’après Karim Pakzad, pour susciter l’intérêt des Occidentaux : "Ahmed Chah Massoud avait ce que son fils n’a pas. Il symbolisait la résistance du peuple afghan contre un envahisseur étranger", à savoir les Soviétiques dans les années 1980 puis les talibans venant du Pakistan dans les années 1990. "Il combattait cette invasion pour l’indépendance du pays tandis que son fils résiste contre d’autres groupes afghans, qui sont rétrogrades et fondamentalistes, mais qui restent des Afghans." Selon le chercheur de l’IRIS, cette "légitimité politique" acquise par le commandant Massoud au terme de longs mois de résistance ne se retrouve pas encore chez son fils. "Une fois que Massoud a montré qu’il pouvait résister et que la population a montré qu’elle ne se laisserait pas facilement dominer par l’Union soviétique, les Européens et les Américains ont commencé à s’intéresser aux Afghans."

Le Panchir, premier combat du fils Massoud

Du haut de ses 32 ans, Ahmad Massoud n’est d'ailleurs pas un chef de guerre. "Il n’est pas militaire, c’est un jeune de sa génération, éduqué, attaché à des libertés, avec une vision démocratique" du pays, décrypte Karim Pakzad. Son combat dans le Panchir, aux côtés de l’ancien vice-président afghan et de quelques milliers d’hommes, est son premier. Cet homme politique à l’islam modéré rassemble autour de lui une jeune génération, sensible aux droits de l’homme, mais minoritaire au sein de la société afghane, "à 70% analphabète". 

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Mais dans le conflit afghan, se transformant peu à peu en guerre civile, il est encore trop tôt pour acter l’échec de la résistance face aux insurgés islamistes. "Les talibans se lancent dans des mesures qui seront extrêmement dures. Et cela provoquera certainement de la résistance", présume le chercheur associé à l’IRIS. "On peut s’attendre à des surprises dans les semaines et les mois à venir, au-delà de la vallée du Panchir." Après avoir pris Kaboul le 15 août dernier, les nouveaux maitres des lieux s’affichent en conquérants dans le dernier bastion de la résistance, hissant leur drapeau à Bazarak, sa capitale, mais les combats se poursuivent dans la vallée.

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