L’aéroport de Kaboul, point névralgique de la crise afghane

#Afghanistan : le récit de Liseron Boudoul

TENSIONS - L’étau se resserre autour de l’aéroport de Kaboul, où des milliers de personnes tentent désespérément de fuir le régime taliban. Plusieurs morts sont à déplorer en une semaine.

L’aéroport international Hamid Karzaï, à l’intérieur de la capitale afghane, est à ce jour la seule porte de sortie possible vers l’étranger. Un statut qui lui vaut d’être le théâtre depuis une semaine de vives tensions et du désespoir de milliers de civils voulant fuir le pays à tout prix. Dimanche 15 août au soir, quelques heures après l’entrée des talibans dans Kaboul, des premières évacuations de diplomates ont tenté de s’organiser à bord d’avions militaires. Et les premières scènes de chaos se sont jouées sur le tarmac, comme un symbole de l’effondrement du régime afghan. Et du triomphe des talibans. 

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L'Afghanistan aux mains des talibans

Premier drame : lundi 16 août. Le monde s’est réveillé avec des images de centaines d’Afghans courant sur le tarmac et tentant de s’accrocher aux avions en plein décollage. Certains y seraient parvenus puis se seraient tués dans leur chute, selon des illustrations relayées sur les réseaux sociaux et par la presse afghane. C’est le cas de Zaki Anwari, un jeune footballeur professionnel, dont la mort a été annoncée par la Direction générale de l’éducation physique et des sports trois jours plus tard. 

Des barrages filtrants des talibans

Face à la cohue, les forces américaines chargées de sécuriser l’aéroport ont alors tiré en l’air pour décourager les candidats au départ, souvent sans visas, selon plusieurs témoins. Dans la foulée, les vols commerciaux ont été suspendus par l’autorité aéroportuaire de Kaboul "pour prévenir le pillage" avant que l’ensemble des vols, civils comme militaires, ne soient interrompus par le Pentagone "à cause de la foule sur le tarmac". Le temps est compté pour les Américains qui, après avoir annoncé leur départ du pays d’ici au 31 août, ont été surpris par la rapidité de l’offensive des talibans conjuguée à la chute du gouvernement afghan. 4000 militaires américains, bientôt ramenés à 6000, ont été alors chargés de filtrer l’accès à l’aéroport aux seuls détenteurs d’un visa et de gérer les mouvements d’avions au sol. Mais mardi 17 août, des premiers barrages ont été érigés par les talibans, obstruant le passage vers l’aéroport international, d’après le gouvernement allemand.

Le jour même, une image est devenue virale : celle de plus de 600 Afghans entassés dimanche soir dans la soute d’un avion militaire américain, au moment où l’aéroport devenait le point de convergence des personnes cherchant à échapper au nouveau régime. Progressivement, le pont aérien s’est mis en place, permettant à des dizaines d’avions de décoller et d’atterrir. Mais mercredi, les talibans ont profité de la confusion qui régnait toujours pour proposer aux États-Unis de "protéger" l’aéroport de Kaboul. Et tandis que le passage des ressortissants américains était facilité par les insurgés, celui des citoyens afghans était au contraire empêché, selon des accusations portées par Washington. 

7 civils afghans morts dans la cohue

De son côté, l’ambassade française à Kaboul est restée en activité sur le site de l’aéroport, délivrant les visas nécessaires à ses ressortissants et ses anciens auxiliaires. "L’ambassade travaille toujours et va rester le plus longtemps possible", nous indiquait alors le ministère des Armées. Samedi 21 août, l’ambassade américaine a appelé de nouveau ses ressortissants à éviter de s’approcher de l’aéroport à cause de "potentielles menaces de sécurité". 

La méfiance de la communauté internationale à l’égard des talibans a pu se résumer par une vidéo, relayée par CBS News. Celle-ci montre un A400M de l’armée française tirant des leurres de missiles au moment de son décollage. De fait, la tension extrême n’est jamais redescendue à l’aéroport, dont la vie est rythmée par un ballet d’avions américains et par les tentatives d’Afghans de quitter leur pays. À l’extérieur de l’aéroport, des milliers de civils se trouvent toujours bloqués aux portes de l’aéroport, entre les points de contrôle des insurgés islamistes et une clôture posée par l’armée américaine. 

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Et au sein de la foule cédant à la panique, des drames n’ont pu être évités. Dimanche 22 août, le ministère de la Défense britannique a rapporté le décès de sept Afghans, morts probablement écrasés dans la cohue, sans apporter plus de précisions. Des éléments corroborés par un reportage de Sky News, dans lequel les corps d’au moins trois personnes sont recouverts de draps blancs, à même le sol sur le tarmac. Le lendemain, un garde afghan a été tué et trois autres blessés dans des échanges de tirs entre les forces afghanes et des assaillants inconnus du côté de la porte Nord de l’aéroport, a rapporté l’armée allemande. 

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