Afghanistan : un rapport de Human Rights Watch accuse des milices soutenues par la CIA de commettre des atrocités

Afghanistan : un rapport de Human Rights Watch accuse des milices soutenues par la CIA de commettre des atrocités
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DROITS DE L'HOMME - Selon Human Rights Watch, des forces afghanes ont commis des exactions "en toute impunité" avec le soutien de la CIA, l'agence de renseignements américaine. Dans un rapport de quatorze pages, l'ONG dénonce des tueries chez les civils, des attaques d'établissements de santé ou encore des disparitions de prisonniers.

L'ONG Human Rights Watch parle d'"escadrons de la mort", de tueries "en toute impunité" et de "disparitions forcées". Dans un rapport de 53 pages, intitulé "Ils en ont tué beaucoup comme cela : Raids nocturnes et abus commis par les forces afghanes soutenues par la CIA" et publié ce mercredi 30 octobre, l'ONG dénonce l'existence de milices afghanes, soutenues par la CIA qui auraient commis des atrocités à l'encontre des civils et des "rebelles". 

Il s'appuie sur des entrevues avec une quarantaine d'habitants des provinces de Ghazni, Helmand, Kaboul, Kandahar, Nangarhar, Paktia, Uruzgan, Wardak et Zaboul, dont plusieurs témoins d’opérations nocturnes, ainsi qu’avec des organisations afghanes de défense des droits humains qui ont documenté ces attaques.

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Dans ce rapport, l'ONG affirme avoir analysé 14 raids de ces groupes armés soutenus par la CIA, entre fin 2017 et juin 2019, durant lesquels, des violations "graves", certaines "allant jusqu'à des crimes de guerre", ont été commises. 

L'agence de renseignement américaine conteste la teneur du rapport, indiquant que les faits imputés à ces forces militaires étaient probablement "faux ou exagérés". "Contrairement aux talibans, les États-Unis sont attachés à l'Etat de droit. Nous ne tolérons pas les activités illégales et nous ne participerions pas sciemment" à ce genre de crimes, a réagi l'agence de renseignement américaine dans un communiqué.

Une unité paramilitaire a tué huit hommes qui rendaient visite à leurs familles (...) puis trois dans le même village- Un témoin auprès de Human Rights Watch

Reste que les exactions sont racontées de façon très précise, dans ce rapport qui décrit les façons de procéder de ces milices lors des raids qui "se déroulent généralement dans des zones rurales qui sont soit sous le contrôle des talibans, soit contestées". Les milices opèrent dans des zones résidentielles, fouillent les maisons, et mènent des interrogatoires auprès des habitants. "Parfois, des hommes ont été arrêtés et détenus sans que leurs familles sachent où ils se trouvaient. D’autres ont été exécutés sommairement", affime l'ONG. 

Au cours de ces raids, les forces d'intervention rapide auraient ainsi attaqué des civils "sur la base d'erreurs d'identité ou de renseignements inadéquats ou de simples rivalités politiques". Un habitant raconte ainsi que cette milice "a détruit le portail de notre enceinte à l’aide d’un engin explosif. Ils ont tué l’un de mes fils derrière notre maison et ont emmené l’autre.… Les forces nous ont accusés : ‘Pourquoi donnez-vous à manger aux talibans ?’ Mais ce sont les talibans qui viennent nous demander de la nourriture. Si vous ne leur en donnez pas, ils vous harcèlent". 

Autre exaction présumée, lors de la fête de l'Aïd, en août dernier. "Une unité paramilitaire a tué huit hommes qui rendaient visite à leurs familles (...) puis trois dans le même village". "Des témoins affirment qu'aucun d'entre eux n'a offert de résistance (...) Les forces ont abattu un chef tribal d'une balle dans un oeil et son neveu, âgé d'une vingtaine d'années, (d'une balle) dans la bouche", écrit HRW, dans ce rapport. Sur ces raids, l'ONG cite un diplomate qui affirme que ces forces sont similaires "aux escadrons de la mort". 

Trimestre meurtrier pour les civils

Ces milices ont été, selon HRW, recrutées, entraînées, équipées et gérées par la CIA. En effet, les autorités afghanes et les forces américaines ont augmenté le recours à des groupes paramilitaires pour combattre les talibans, qui infligent des lourdes pertes aux forces de sécurité afghanes. Les paramilitaires dépendent ainsi des services de renseignement afghans (NDS) et ne sont donc pas soumis aux chaînes de commandement normales. 

Entre janvier et septembre 2019, les forces spéciales afghanes ont mené 2.531 opérations terrestres, soit plus que les 2.365 réalisées dans l'ensemble de l'année 2018, d'après l'inspecteur général spécial pour la reconstruction de l'Afghanistan (Sigar), un organisme public américain. Quant à l'ONU, elle a enregistré son trimestre (juillet-septembre) le plus meurtrier pour les civils depuis dix ans, en Afghanistan. Sur les neuf premiers mois de l'année, plus de 2.500 d'entre eux ont trouvé la mort.

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