Afrique du Sud : deux fermiers blancs jugés pour avoir tenté d’enfermer un jeune homme noir dans un cercueil

Afrique du Sud : deux fermiers blancs jugés pour avoir tenté d’enfermer un jeune homme noir dans un cercueil
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JUSTICE – De nombreux manifestants se sont réunis devant le tribunal où sont jugés les deux fermiers pour dénoncer cet acte raciste.

L’Afrique du Sud face à ses vieux démons de l’Apartheid. Mercredi 16 novembre à Middleburg, ville de la province de Mpumalanga à l’est de Johannesburg et Pretoria, deux jeunes fermiers blancs comparaissaient après avoir enfermé vivant dans un cercueil un jeune Noir. Les faits remontent au 17 août dernier et ont provoqué l'indignation d'une partie de la population.

Les deux agresseurs présumés ont vu leur détention provisoire prolongée jusqu'au 25 janvier prochain, date de la prochaine audience. La victime, Victor Mlotshwa, 27 ans, a fait le déplacement au tribunal, gardé par des policiers anti-émeute. Une mesure jugée nécessaire par les autorités au vue des centaines de manifestants qui réclamaient devant le tribunal que "les racistes pourrissent en prison".

Assis derrière les accusés, Victor Mlotshwa est resté impassible, le visage fermé, pendant la comparution de ses agresseurs. Ces derniers, Willem Oosthuizen, 28 ans, et Theo Martins Jackson, 29 ans, sont poursuivis pour enlèvement et tentatives de coups et blessures. Après avoir été placés en détention lundi 14 novembre, ils ont renoncé mercredi à demander une libération conditionnelle.

Incident diffusé sur internet

L’affaire a éclaté après la diffusion récente sur internet d’une vidéo d’une vingtaine de secondes dans laquelle il est possible de voir le supplice infligé à la victime. Effrayé, le jeune homme est allongé dans un cercueil neuf posé sur un sol rocailleux. Un individu de couleur blanche est vu sur les images en train d’essayer de refermer le couvercle du cercueil. La victime tente de l’en empêcher. 

Au regard des faits, le procureur Rean Lourens s’était opposé à la libération sous caution des deux agresseurs présumés, évoquant notamment le "tollé" provoqué par une telle affaire, et craignant que la victime soit "intimidée" par les accusés. À la sortie du tribunal, Victor Mlotshwa a été accueilli par des centaines de supporters, presque tous noirs. 

"Ils m’ont accusé d’être entré par effraction sur leurs terres", a raconté le jeune homme à la presse. Le jour de son agression, il avait décidé d’emprunter un raccourci pour se rendre à Middleburg. "Ils m’ont tabassé et attaché puis emmené dans une ferme voisine. Et là-bas, ils m’ont mis dans le cercueil, a continué Victor Mlotshwa. J’ai pensé qu’ils allaient me tuer." À la sortie du tribunal, le jeune Sud-Africain était accompagné par certains membres du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir et fer de lance de la lutte contre l’Apartheid pendant près d'un siècle. 

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    Dans le pays, ce fait divers suscite un véritable émoi, ravivant dans les esprits les souvenirs de tortures infligées aux Noirs pendant le régime de ségrégation raciale qui a officiellement pris fin en 1994. "Ce pays a connu un passé très douloureux, qui semble être encore présent", s’est indigné Mbuyiseni Ndlozi, porte-parole du parti de gauche radicale des Combattants pour la liberté économique (EFF), dans des propos repris par l'AFP. "Les Noirs continuent d’être traités comme des animaux", a-t-il poursuivi, affirmant que cette agression n’était pas un "cas isolé".

    Selon le responsable régional de l’EFF, Colin Sedibe, les deux accusés "tuent l’esprit de réconciliation insufflé par Nelson Mandela", premier président noir élu en 1994. De son côté, la fondation FW De Klerk, du nom du dernier président sud-africain blanc qui a négocié avec Nelson Mandela la fin de l’Apartheid, a condamné "sans réserve" un acte raciste "humiliant".

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      Malgré l’espoir apporté en 1994, les attaques racistes continuent de diviser le pays, rebaptisé symboliquement la "nation arc-en-ciel". Les inégalités persistent en Afrique du Sud, économiques surtout. Près de 28% des Noirs sont au chômage, contre 7% des Blancs. Au début de l’année 2016, plusieurs dérapages racistes avaient trouvé un écho retentissant sur les réseaux sociaux, et la question raciale avait été au cœur des thèmes de campagne des municipales en août.

      Ce nouvel incident n’apaisera donc pas les esprits. Mercredi, dans la rue menant au tribunal de Middleburg, l’ANC et l’EFF ont organisé deux meetings avec un message clair. "Les racistes, nous les conduirons dans la mer, pour qu’ils retournent d’où ils viennent", a ainsi lancé Desmond Moela, vice-président de la Ligue des jeunes de l’ANC. Une référence aux premiers colons blancs venus des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

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