"Le Weinstein de Suède" : Jean-Claude Arnault, ce Français à l'origine du report du prix Nobel de littérature

International
DirectLCI
SCANDALE SEXUEL - L'Académie suédoise a annoncé ce vendredi sa décision de ne pas attribuer de prix Nobel de littérature cette année. Une décision motivée par l'éclatement de l'affaire Jean-Claude Arnault en novembre dernier. Mais qui est ce Français accusé d'avoir harcelé et violé une trentaine de femmes ?

Le scandale a profondément entaché l’Académie suédoise. Au point que l’institution a finalement décidé ce vendredi  de reporter d'un an l’attribution du Nobel de littérature 2018, prix qu’elle décerne tous les ans. La lauréat 2018 sera donc annoncé en même temps que celui de 2019. C'est la première fois qu'une telle décision est prise par l'Académie en près de 70 ans.


Et c’est un Français qui se retrouve au cœur de la polémique. Mari de l’académicienne Katarina Frostenson, Jean-Claude Arnault est accusé de viols et de harcèlement sexuel par une trentaine de femmes. "Il a baissé mon pantalon et mes sous-vêtements et… il a commencé à me violer", raconte Emma – une de ses victimes présumées interrogée par Sept à Huit - avant de fondre en larmes. Mais qui est cet homme de 71 ans que la presse locale a surnommé "le Weinstein de Suède" ? Pourquoi sa mise en cause fragilise-t-elle autant l’Académie ? 


Installé en Suède depuis une quarantaine d’années, ce photographe né à Marseille est rapidement devenu un personnage clé du monde culturel suédois - ce qui lui aurait permis d'intimider ses proies, lesquelles craignant de voir leur carrière s'effondrer. Un statut qu’il s’est forgé en se mariant avec l’influente poétesse Katarina Frostenson et en fondant en 1989 "le Forum" à Stockholm. Cet espace d’exposition, fréquenté par bon nombre d’artistes du cru, est directement lié à l’Académie suédoise. Cette dernière lui accordait ainsi régulièrement des subventions. En outre, l’institution laissait à la disposition du Français un appartement à Paris - où il aurait agressé des femmes, selon plusieurs témoignages. Il est par ailleurs soupçonné d’avoir révélé à l’avance le nom de futurs lauréats du prix Nobel à ses victimes pour se faire mousser.  

"Tout le monde le sait"

Si l’Académie a finalement coupé les ponts avec Jean-Claude Arnault - supprimant notamment ses subventions -, elle est vivement critiquée pour avoir sciemment fermé les yeux sur ses agissements. Une omerta illustrée par le témoignage d’une académicienne recueilli par Sept à Huit : "Tout le monde le sait. Mais si je commence à parler, je peux tout détruire". Dans un rapport d’investigations internes consulté par l’AFP, on apprend ainsi qu'"aucune mesure n'a été prise" en 1997, quand une lettre mettait pourtant déjà en cause le Français. Il a donc fallu attendre novembre dernier et la publication de 18 témoignages à charge par le quotidien Dagens Nyheter pour voir l’Académie réagir. 


Et d’en rajouter une couche : "Des membres de l'académie, des filles d'académiciens, des épouses d'académiciens et des membres du personnel de la chancellerie de l'académie ont subi une intimité non désirée ou des comportements inappropriés" de Jean-Claude Arnault, avait déclaré à l’époque la secrétaire perpétuelle de l'académie Sara Danius. Laquelle a d’ailleurs été poussée à présenter sa démission la semaine dernière. D’autres académiciens – dont Katarina Frostenson -  ont également plié bagage à la suite de la polémique. L’institution devrait communiquer cette semaine pour annoncer le report ou non de l’attribution du prix, rapporte The Guardian.


De son côté, Jean-Claude Arnault reste droit dans ses bottes. "Monsieur Arnault n’a pas d’autre commentaire à faire que de dire qu’il est innocent de tout ce dont il a été accusé", souligne son avocat, contacté par TF1. En mars dernier, le parquet criminel de Stockholm a indiqué qu’une partie des investigations avait été abandonnée, les faits étant prescrits. La semaine dernière, le journal Svenska Dagbladet a avancé que le Français aurait agressé la princesse Victoria. De quoi relancer de plus belle le scandale du siècle en Suède… 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter