Qui était Abdelmalek Droukdal, ce chef djihadiste neutralisé par l'armée française ?

L'opération s'est déroulée mercredi, mais n'a été révélée que vendredi soir. Dans une zone que l'armée française arpente depuis des années dans le cadre de l'opération Barkhane, le fondateur d'AQMI a été tué.
International

DJIHADISME - Le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Abdelmalek Droukdal, a été tué lors d’une opération menée au nord du Mali par l'armée française.

Il avait été l'ennemi public numéro un en Algérie, puis avait fondé la branche d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), rêvant de devenir une figure du jihad global. Abdelmalek Droukdal a été tué dans une opération conduite par l'armée française au Nord du Mali, le 3 juin dernier. "Il avait l'aura de celui qui avait réussi à durer et qui était en lien avec Al-Qaïda centrale", souligne un expert de l'antiterrorisme sous couvert d'anonymat. "Mais comme tous les chefs dans ce milieu, il était contesté",  souligne-t-il. "Il était toujours l'émir des émirs. Mais son isolement en Algérie lui était de plus en plus reproché" car il paralysait ses liens opérationnels avec le terrain, confirme à l'AFP une source proche du dossier. A l'entendre, les combattants lui reprochaient de ne pas être à leurs côtés.

Né en 1971 à Zayane, un quartier pauvre de Meftah, une localité déshéritée de la grande banlieue d'Alger, Abdelmalek Droukdal fait des études scientifiques à Blida. Il rejoint en 1993 les Groupes islamiques armés (GIA), où il joue les experts en explosifs. Son mentor politique et militaire est le Jordanien Abou Moussaab Al-Zarkaoui, qui avait multiplié les attentat-suicides en Irak avant d'être tué par l'armée américaine en 2006. Mais il n'en était pas moins ancré dans son pays d'origine, souligne le site Counter Extremism Project (CEP), décrivant "un mélange d'islam politique et de nationalisme arabe" chez un de ces rares leaders d'Al-Qaïda à ne pas avoir été formé dans des camps au Yemen ou en Afghanistan

Lire aussi

"Droukdal a été décrit comme dur, doté d'une forte personnalité", souligne également le Counter Extremism Project. Un homme "charismatique avec d'excellentes capacités oratoires". Un ambitieux prêt à éliminer "des membres d'Aqmi qui se détournaient de ses instructions ou de ses positions idéologiques". 

En vidéo

Mort de Droukdal : "C'est quelque chose d'important" pour la nébuleuse jihadiste, l'analyse de Mohamed Sifaoui

A la fin des années 90, il participe à la fondation du GSPC algérien (Groupement salafiste pour la prédication et le combat), sous la direction de l'émir Hassan Hattab. Mais ce dernier est jugé insuffisamment actif par Droukdal et un autre de ses lieutenants, Nabil Sahraoui. "Peu après l'invasion américaine en Irak, ils déposent Hattab au nom d'un engagement nettement plus internationaliste", écrit Jean-Pierre Filiu dans son ouvrage "Les neufs vies d'Al-Qaïda".

Quand Sahraoui est tué, Droukdal devient l'émir du GSPC. Le GSPC forme alors des djihadistes pour les envoyer en Irak. La direction d'Al-Qaïda s'intéresse à celui qui mobilise à partir du sud algérien dans les pays voisins - Mauritanie, Mali, Niger, Tunisie, Libye. "Un tel réseau est inestimable pour le jihad global", relève Jean-Pierre Filiu. Le nombre d'attaques double de 2006 à 2007, ce qui lui vaut d'être fiché comme un terroriste lié à Al-Qaïda par les Etats-Unis et l'Organisation des Nations Unies (Onu). "Droukdal a fabriqué des engins explosifs qui ont tué des centaines de civils lors d'attentats perpétrés dans des lieux publics", estime l'Onu dans sa fiche, avant d’énumérer une liste impressionnante d'attentats, enlèvements et assassinats. Droukdal a encouragé Aqmi "à enlever des nationaux algériens et étrangers comme moyen de financer ses activités terroristes", affirme encore la fiche de l'Onu. Il est condamné par contumace à la réclusion à perpétuité par le tribunal de Tizi-Ouzou (Algérie) en 2007.

En vidéo

Que représente la mort d'Abdelmalek Droukdel ? L'analyse de Michel Scott, spécialiste étranger de TF1

A la fin des années 2000, il domine le nord-est algérien, "rançonne les populations environnantes et harcèle les forces de sécurité". "L'organisation de Droukdal reste construite sur deux pôles du GSPC, le maquis prédateur en Kabylie, sous le contrôle de l'émir, d'une part, le réseau largement indépendant et itinérant au Sahara d'autre part", explique Jean-Pierre Filiu. Mais l'émir échoue à fédérer les groupes actifs au Maroc, en Tunisie ou en Libye.En 2011, Ben Laden est tué au Pakistan. Droukdal refuse de prêter allégeance à Zawahiri et reprend son autonomie.Son emprise locale est plus évanescente, son autorité s'effrite. Il se fait plus rare, voire totalement silencieux, entre 2012 et 2015. En 2016, des journaux algériens affirment qu'il s'est enfui en Tunisie. Depuis, il se cachait. "C'est un beau résultat", estime l'expert en terrorisme, mais "ça ne règle pas le problème du Sahel".

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent