Alep sous les bombes : pourquoi le contrôle de la ville peut tout faire basculer en Syrie

Alep sous les bombes : pourquoi le contrôle de la ville peut tout faire basculer en Syrie

DÉCRYPTAGE - La ville du nord-ouest du pays a été bombardée sans relâche par les avions du régime syrien et de son allié russe durant le week-end. Un déluge de feu qui ne doit rien au hasard, comme nous l'explique Thomas Pierret, maître de Conférences à l'université d’Edinburgh et spécialiste de l'Islam.

Depuis trois jours, un déluge de bombes s’abat sur Alep. Cette métropole est en effet au cœur d’une offensive majeure lancée par l’armée syrienne avec son allié russe, bien décidés à mater les rebelles. Quitte à fermer les yeux sur ce que l’ambassadeur de France à l’ONU a qualifié de "crimes de guerre", preuve s’il en fallait de l’importance stratégique que représente la conquête de la seconde ville du pays. 

Une ville littéralement divisée en deux : à l’Ouest, 1,2millions d’habitants vivent dans les secteurs loyalistes ; à l’Est se trouvent des quartiers contrôlés par les rebelles où résident plus de 250.000 personnes. Plus largement, la province d'Alep est le théâtre de combats impliquant les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) ou du Front Al-Nosra, les groupes rebelles, l'armée gouvernementale et les milices pro-régime, les combattants libanais du Hezbollah ou les kurdes. Autant de belligérants qui se battent sous les yeux d’une population meurtrie : pour le seul week-end du 24 et 25 septembre, le bilan serait d’au moins 128 morts.

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Le drame d'Alep

Si Alep est devenue un enjeu majeur du conflit, c’est qu’elle permet à Bachar al-Assad, tant qu'il garde le contrôle d'une partie de la ville, de légitimer l’existence de son régime. C’est en tout cas le point de vue de Thomas Pierret, maître de conférences en islam contemporain à l'université d'Édimbourg : "C’est précisément en gardant le contrôle d’Alep que le pouvoir de Damas peut entretenir la prétention d’être légitime. Cela permet à Bachar al-Assad de donner l’illusion de ne pas seulement régner sur une petite partie du territoire." Selon Thomas Pierret, l’enjeu serait ainsi plus symbolique que géographique pour le régime : "Quand on regarde la carte de la Syrie, il s’agit plutôt d’un avant-poste excentré."

Un avant-poste que les rebelles entendent bien conserver. Car pour eux aussi, l’enjeu est crucial : "C’est le fait de contrôler la moitié de cette ville, la seconde du pays, qui leur a permis de prétendre à être autre chose qu’une révolte rurale et périphérique", constate pour LCI Thomas Pierret. Il faut dire qu’Alep est devenue au fil des mois la dernière grande "prise de guerre" de la rébellion. "L’incapacité à prendre des centres urbains importants est l'un des prinicpaux échecs de l'insurrection syrienne. La première capitale provinciale qu’ils ont conquis est Raqqa, en mars 2013, mais ils se la sont faite arracher par Daech quelques mois plus tard", poursuit le spécialiste. Même revers à Homs : la troisième ville du pays, conquise en 2012 par les rebelles : après deux ans de violents combats, l'armée avait repris en mai 2014 la totalité de la troisième ville de Syrie, à l'exception du quartier de Waer.

A l’heure où Alep est devenue la  "vitrine" de l’insurrection, l’évolution du conflit semble désormais dépendre de son sort. Reste à connaitre l’issue des affrontements qui s’y déroulent, selon le maître de conférences :  "On est face à une bataille de longue haleine, durant laquelle le régime va assiéger, bombarder et affamer Alep."

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Syrie : Alep meurtrie vue depuis un drone

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