Navalny : l'opposant russe empoisonné rentre à Moscou... pour être arrêté ?

Capture d'une vidéo Instagram d'Alexeï Navalny le 13 janvier 2021

NOVITCHOK - L'opposant russe Alexeï Navalny a annoncé son retour à Moscou dimanche, après des mois de convalescence en Allemagne à la suite d'un empoisonnement. Les autorités pénitentiaires russes ont promis de l'arrêter dès sa descente d'avion.

Les autorités pénitentiaires russes (FSIN) reprochent à Alexeï Navalny d'avoir violé les conditions d'une peine de prison avec sursis le visant. Le principal opposant du Kremlin ne s'est en effet pas présenté aux autorités deux fois par mois comme l'exigeait le jugement. Et pour cause : celui qui est la bête noire de Vladimir Poutine était réfugié depuis août dernier en Allemagne, à la suite d'un probable empoisonnement au Novitchok.

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Navalny-Poutine : le conflit sans fin

 "Venir en Allemagne, ce n'était pas mon choix (...) Je me suis retrouvé ici parce qu'ils ont essayé de me tuer", a déclaré l'opposant mercredi dans une vidéo diffusée sur sa page Instagram. C'est en août dernier qu'Alexeï Navalny fait un malaise dans l'avion qui le ramène d'une tournée en Sibérie. Plongé dans le coma, il est d'abord hospitalisé à Omsk, puis exfiltré vers Berlin par l'ONG allemande Cinema for Peace. Au bout de deux semaines, Navalny sort du coma artificiel où il était plongé, puis débute une longue rééducation. 

Le Novitchok soupçonné

Entretemps, les autorités allemandes ont établi avec certitude l'empoisonnement, vraisemblablement au Novitchok, un agent neurotoxique créé par les services russes durant la Guerre froide. À ce jour, trois laboratoires européens distincts ont tiré la même conclusion, confirmée aussi par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

Les autorités russes affirment de leur côté ne rien avoir trouvé dans leurs analyses, pratiquées lors de l'hospitalisation de Navalny à Omsk. Vladimir Poutine ira même jusqu'à suggérer, lors d'une conversation avec Emmanuel Macron, que l'opposant s'était empoisonné volontairement, pour attirer à la fois l'opprobre sur le Kremlin, et l'attention sur lui.

"La Russie est mon pays, Moscou est ma ville, ils me manquent. Par conséquent, ce matin, je suis allé sur le site de la société Pobeda et j'ai acheté des billets." Lorsque qu'Alexeï Navalny publie cette déclaration mercredi sur les réseaux sociaux, il semble prendre Moscou de court. Mais il n'aura pas fallu 24 heures pour que les autorités ne fassent connaître leur position. Condamné en 2015 à une peine de cinq ans de prison avec sursis, ce pourfendeur de la corruption publique avait l'obligation de se présenter physiquement deux fois par mois auprès des services pénitentiaires, ce dont bien sûr il n'a pas pu s'acquitter depuis août dernier. Le communiqué du FSIN est sans appel :   "Le service fédéral des prisons russes est obligé de prendre toutes les mesures nécessaires pour arrêter le contrevenant Alexeï Navalny, dans l'attente d'une décision du tribunal de remplacer sa peine avec sursis par une peine (de prison) ferme".

Si on l’avait voulu, l’affaire aurait été menée à son terme- Vladimir Poutine

Figure charismatique de l'opposition, dont la lutte anti-corruption est le principal cheval de bataille, Alexeï Navalny est un adversaire majeur de Vladimir Poutine, à qui il attribue d'ailleurs sans détours sa tentative d'empoisonnement. Selon une enquête approfondie de plusieurs journaux européens, associés au média d'investigation Bellingcat, ce sont bien les services secrets russes qui sont derrière l'opération - le Novitchok est d'ailleurs quasiment leur signature.

Interrogé sur cette enquête internationale, lors de sa conférence de presse annuelle en décembre dernier, le maître du Kremlin a déclaré avec un sourire en coin que "si on l’avait voulu, l’affaire aurait été menée à son terme". Vladimir Poutine laissait ainsi entendre que s'il avait vraiment voulu se débarrasser de celui qu'il n'appelle plus que "notre célèbre blogueur" ou "le patient de la clinique berlinoise", ce dernier n'aurait pas survécu

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Les proches d'Alexeï Navalny précisent qu'il arrivera dimanche à l'aéroport moscovite de Vnoukovo à 19h20 locales. "Venez m'accueillir", a demandé celui-ci à ses partisans dans sa vidéo. On saura à ce moment-là si les autorités russes tiennent leur promesse de l'accueillir, elles aussi, dès sa descente d'avion.

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