Des militantes pour les droits des femmes agressées à Alger

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L'Algérie se soulève contre Bouteflika

ALGÉRIE - Plusieurs militantes pour les droits des femmes ont été agressées vendredi à Alger au cours d'une manifestation pour le changement de régime.

Chaque vendredi, premier jour du week-end en Algérie, les manifestants envahissent les rues des villes du pays. Des manifestations saluées depuis un mois pour leur pacifisme, l'humour des slogans et pancartes, mais aussi pour leur côté toujours festif. C'était sans compter le dernier rassemblement, au cours duquel des militantes pour les droits des femmes ont été agressées.

Plusieurs victimes ont évoqué ces incidents durant le week-end sur les réseaux sociaux, comme l'a relevé le Huffington Post Maghreb. Notamment dans une vidéo publiée sur la page Femmes Algériennes pour un Changement vers l’Egalité : “Aujourd’hui, j’ai eu le sentiment que ce pays n’est pas le mien”, a déclaré l’une d’elles. “Ils m’ont dit ce n’est pas votre place, ce n’est pas le moment”.

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"Nous avons subi la haine et la rage de manifestants"

Sur son Facebook, la militante Amina Izarouken a raconté elle aussi l'agression : "Avec un groupe de femmes, nous sommes sorties aujourd’hui pour manifester contre le système et pour une Algérie meilleure, nous avons mis en avant des revendications de femmes et avons investi un petit espace à Audin. Des passants nous ont même aidées à accrocher nos banderoles. Cinq minutes plus tard, nous avons été agressées verbalement et physiquement. Nos banderoles ont été déchirées. Nous avons subi la haine et la rage de manifestants". Certains d'entre eux auraient justifié leur colère : "Ce n’est pas le moment”, "vous divisez le mouvement".

Les fléaux des violences contre les femmes

Une autre militante féministe a pointé la passivité des policiers témoins de la scène. Ces derniers "n’ont pas accompli leur devoir, qui consiste à nous protéger en tant que citoyennes algériennes”. Ils "se sont rangés du côté de l’agresseur et ses partisans et nous ont demandé de partir", a-t-elle ajouté.

L'Algérie s'enorgueillit de la présence de femmes dans tous les métiers, y compris la hiérarchie militaire, et elles sont majoritaires dans la santé, l'enseignement ou la justice. Mais selon une note de l'Office national des Statistiques (ONS) d'avril 2018 sur l'emploi, leur part dans la population en activité connaît une "quasi-stagnation", autour de 18%. Le droit de vote et d'éligibilité à toutes les fonctions leur est acquis, mais les conservatismes sociaux et religieux, dans un pays où l'islam est religion d'Etat, pèsent sur leur présence dans l'espace public au profit du foyer domestique.

Leurs droits juridiques dans des domaines comme le mariage, le divorce ou les successions sont inférieurs à ceux des hommes. Et les fléaux des violences contre les femmes et du harcèlement restent encore faiblement combattus, soulignent les associations qui leur viennent en aide. En tête des revendications féministes, l'abrogation du Code de la famille de 1984, qui sous l'influence des traditionalistes se revendique de la charia (loi islamique) au détriment de l'égalité entre les sexes pourtant prévue par la Constitution. Des discriminations en matière de statut familial perdurent malgré une révision en 2005.

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