Algérie : l'épidémie de choléra fait deux victimes, le gouvernement assure qu'elle est "maîtrisée"

Algérie : l'épidémie de choléra fait deux victimes, le gouvernement assure qu'elle est "maîtrisée"
International

ÉPIDÉMIE - Une quarantaine de cas de choléra, dont deux mortels, ont été enregistrés à Alger et dans trois régions environnantes. Un bilan inconcevable pour les médias algériens et les internautes, qui fustigent la gestion de la crise par les autorités. Celles-ci estiment au contraire que l'épidémie est désormais "maîtrisée."

Le gouvernement algérien a-t-il failli ? Depuis plusieurs jours, Alger croule sous les critiques des médias et des internautes pour sa gestion de l'épidémie de choléra. Celle-ci a déjà fait deux morts, et concerne désormais une quarantaine de patients. 

Alors que des dizaines de personnes souffrant de diarrhées aiguës étaient hospitalisés depuis le 7 août dans plusieurs régions, le ministère de la Santé et l'Institut Pasteur n'ont admis la responsabilité du vibrion du choléra que le 23 août. Et ce, trois jours après avoir publiquement exclu cette hypothèse. "Il paraît clair que les autorités étaient au courant bien avant cette déclaration", affirme le quotidien francophone Liberté, disant être en possession d'une note de huit pages du ministère de la Santé datée du 22 août et alertant les autorités préfectorales et les structures de santé sur la maladie. Le média en ligne TSA (Tout sur l'Algérie) indique de son côté, citant une source médicale, que "l'Institut Pasteur et le ministère de la Santé étaient au courant de la nature de la maladie au moins dès le lundi 20 août".

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"Faut-il 16 jours pour identifier le vibrion cholérique?"

Critiqué avec le reste du gouvernement pour son silence depuis le début de la crise, le ministre de la Santé Mokhtar Hasbellaoui a répondu dimanche à ces accusations, après avoir visité un des deux hôpitaux où sont regroupés des malades. "On ne peut pas annoncer la maladie avant le diagnostic positif, on était dans un cadre de suspicion. Dès qu'on a eu la confirmation on l'a dit", a-t-il expliqué, assurant que son ministère était "actif depuis le premier jour pour mettre en place une stratégie".

Dénonçant des "dysfonctionnements et des zones d’ombre", TSA s'interroge : "Faut-il 16 jours pour identifier le vibrion cholérique ?". Aucun cas n'était signalé dans le pays depuis 1996 et la dernière épidémie d'ampleur remonte à 1986, laquelle avait contaminé 4.500 personnes. Les hôpitaux algériens "disposent-ils de laboratoires de microbiologie et des outils nécessaires au diagnostic précoce des maladies infectieuses ? Des pathogènes ont-ils été recherchés chez les patients ? Si oui, les résultats de ces analyses ont-ils été cachés ?", poursuit le média en ligne. Le quotidien El Watan fustige quant à lui "une gestion chaotique" de la crise par un gouvernement aux abonnés absents depuis l'apparition de la maladie.

L'absence et le silence des hauts responsables du pays sont également fortement critiqués sur les réseaux sociaux. Certains internautes les attribuent en effet au refus des ministres d'interrompre leurs congés durant la semaine largement fériée de l'Aïd al-Adha. Partagés entre colère et ironie, les internautes notent également qu'aucune campagne publique de prévention n'a été lancée et soulignent qu'aucune rubrique n'est dédiée à l'épidémie de choléra sur le site du ministère de la Santé. Certains se plaignent des récurrentes pénuries d'eau alors que les autorités sanitaires appellent la population à se laver les mains plusieurs fois par jour...

L'épidémie est "maîtrisée"

Mardi, la communication du gouvernement s'est voulue rassurante : "La situation (...) est maîtrisée", mais le dispositif de prévention sera  maintenu jusqu'à la compréhension des causes réelles de cette urgence  sanitaire", et "jusqu'à ne plus avoir aucun cas suspect", a dit le ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, cité par l'agence d'Etat APS.

Il n'a pas précisé combien de "cas suspects" -des patients présentant les  symptômes de la maladie: diarrhées aiguës et vomissements- restaient  hospitalisés. 

Dimanche, selon un dernier bilan officiel, seuls dix "malades" du choléra  étaient encore hospitalisés sur les 74 cas confirmés depuis le début de  l'épidémie, les premiers en Algérie depuis 1996. Depuis le 29 août, les autorités n'ont plus annoncé de nouveau cas avéré.

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