Algérie : la lente reconnaissance de la langue berbère

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ALGERIE - Après une lutte de plus d'un demi-siècle, la population berbère d'Algérie a obtenu que sa langue, le tamazight, soit reconnue dimanche comme langue officielle. L'arabe demeure celle de l'Etat.

Relayée au second plan par l’après-Bouteflika qui se dessine dans le pays, l’information est passée presque inaperçue. Et pourtant : en reconnaissant la langue berbère comme "langue officielle" du pays, la réforme de la Constitution adoptée dimanche par le Parlement algérien constitue une réelle avancée. Depuis un demi-siècle, la reconnaissance d’un véritable statut était en effet réclamé par la population berbère.

Il faut dire que, sous ses différentes variantes (chaoui, kabyle, mozabite, touareg), le tamazight est parlée par environ 10 millions de personnes. Ni plus ni moins que le quart de la population du pays d'Afrique du Nord. Pour le Parlement algérien, l'arabe demeure cependant "la langue nationale et officielle" et "demeure la langue officielle de l’Etat". Le français, bien que parlé couramment, n'a pour sa part aucun statut officiel, lui qui est enseigné dans les écoles comme une langue étrangère.

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Manifestations violemment réprimées en Kabylie

Malgré son omniprésence dans la société, les autorités algériennes ont longtemps essayé de faire taire ceux qui parlaient la langue berbère. Le tamazight avait en effet été jusque-là nié et ses militants pourchassés dans ce pays dirigé par un parti unique qui avait fait le choix d'unir son peuple sous la bannière de l'arabité. En 1980, la question fit son irruption sur la scène publique après des manifestations violemment réprimées en Kabylie, où se concentre l'essentiel de la population berbérophone.

Il faudra attendre les années 1990 pour que l’Etat fasse preuve d’une certaine ouverture sur les revendications identitaire et linguistique de cette population. L'enseignement du tamazight a ainsi été introduit dans les établissements scolaires en 1995 dans certaines régions du pays où le berbère est la langue maternelle. En 2002, après des émeutes sanglantes dans cette même région qui ont fait 126 morts, elle avait été reconnue comme deuxième "langue nationale" sur décision du président Abdelaziz Bouteflika. Six ans auparavant, en 1996, l'amazighité avait été reconnue dans la nouvelle Constitution comme composante de l'identité nationale aux côtés de l'arabité et de l'islamité.

Prochaine étape pour le tamazight : mettre en pratique les promesses de son inscription dans la Constitution. Car plus de 20 ans après la création du Haut commissariat à l'amazighité (HCA), un organisme officiel chargé depuis 1995 de la promotion de la langue berbère, son enseignement est assuré dans seulement 22 départements sur 48. Et le nombre d'apprenants estimé à 277.176 sur plus de 10 millions d'élèves, selon des statistiques du HCA. On outre, son officialisation pourrait mettre du temps à se mettre en place, dans l'attente de son uniformisation et d'un consensus sur sa transcription, objet de vives controverses entre les partisans des caractères berbères (authenticité), latins (universalité) ou arabes (islamité).

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