Allemagne : le débat sur la déchéance de nationalité est lancé

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SÉCURITÉ - Thomas de Maizière, ministre de l'Intérieur allemand, a proposé ce jeudi de renforcer la lutte antiterroriste. Il ouvre notamment le débat sur la déchéance de nationalité pour les djihadistes binationaux. De quoi sauver Angela Merkel et son impopulaire politique migratoire ?

Après la France, ce sont aux Allemands de se plonger dans le très sensible débat de la déchéance de nationalité. C'est le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, qui a ouvert le débat, ce jeudi 11 août. En réaction aux récents attentats revendiqués par Daech qu'a subis l'Allemagne, il propose un catalogue de mesures, dont la déchéance de nationalité pour les djihadistes binationaux.

"Les Allemands qui participent aux combats à l'étranger pour une milice terroriste et qui possèdent une autre nationalité doivent à l'avenir perdre leur nationalité allemande", a déclaré le ministre lors d'une conférence de presse.

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Convaincre les sociaux-démocrates

L'Allemagne est gouvernée par une coalition entre la CDU d'Angela Merkel et les sociaux-démocrates du SPD. Et le ministre conservateur va avoir bien du mal à convaincre ces derniers. "Ce sera un point difficile avec le SPD mais je pense que ça deviendra acceptable" à terme pour ce parti, a-t-il dit, se fixant comme objectif de faire adopter cette mesure et d'autres avant les législatives de l'automne 2017.

Le vice-chancelier et patron du SPD, Sigmar Gabriel, a déclaré au groupe de presse Funke être "prêt à discuter de tout ce qui peut contribuer à renforcer la sécurité", pourvu qu'il ne s'agisse pas "d'initiatives populistes précipitées". "Pour l'essentiel, les diverses propositions du ministre de l'Intérieur ne sont pas nouvelles", a-t-il commenté.

Renforcer l'arsenal législatif antiterroriste

Parmi les autres mesures proposées ce jeudi par Thomas de Maizière : la création du motif d'arrestation de "mise en danger de la sécurité publique" pour pouvoir placer en détention rapidement des étrangers suspectés de préparer des attaques. Il s'agira aussi selon le ministre d'accélérer les procédures d'expulsions. Il compte placer aussi sous une seule direction les différentes forces spéciales allemandes pour qu'une seule "main puisse mettre à disposition" les forces nécessaires en cas d'attaque.

Le ministre allemand a aussi proposé de gonfler les effectifs de la police "dans les prochaines années de plusieurs milliers de personnes", d'investir dans les technologies de reconnaissance faciale, de fonder un office central chargé de lutter "contre la criminalité et le terrorisme sur internet', notamment "les communications entre terroristes" et "le commerce illégal d'armes" sur le Darknet. Enfin, il s'est opposé à une interdiction du port du voile intégral réclamé par certains responsables conservateurs : "On ne peut pas interdire tout ce qu'on rejette, et je rejette le port de la burqa".

Immigration et poussée populiste

Après l'attaque à la hache commise dans un train par un adolescent de 17 ans, probablement originaire d'Afghanistan, qui a fait cinq blessés, et un attentat qui a tué son auteur syrien et blessé 15 personnes à l'entrée d'un festival de musique, c'est toute la politique migratoire d'Angela Merkel qui est remise en cause. La chancelière a vu sa popularité plonger de 12 points à 47% d'opinion favorable, selon un sondage début août.

La CDU se voit désormais concurrencé sur sa droite, à un an des législatives, par les populistes au discours anti-migrants de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD). Par ailleurs, des scrutins régionaux sont prévus en septembre d'abord en Mecklembourg-Poméranie-Antérieure, fief électoral d'Angela Merkel, mais aussi bastion de l'extrême droite, avant l'élection du maire de Berlin. En ouvrant le débat sur la déchéance de nationalité, le gouvernement espère ainsi peser politiquement sur sa droite. Au risque de perdre le soutien de sa gauche, comme c'est arrivé à François Hollande.

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