Montée de l'extrême-droite en Allemagne : "Merkel a été sanctionnée pour sa politique migratoire"

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DECRYPTAGE - Le parti anti-migrants AfD a infligé dimanche une claque inédite à Angela Merkel, devançant la CDU lors d'une élection régionale dans le fief de la chancelière, le Mecklembourg-Poméranie occidentale. Un résultat que décrypte pour LCI Claire Demesmay, directrice des relations franco-allemandes à l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP) à Berlin.

LCI : Trois ans après sa création, l’AfD est représentée dans 9 des 16 Länder de l’Allemagne. Peut-on dire qu’elle fait partie intégrante du paysage politique ?

Claire Demesmay : Il est difficile de parler d’une vraie implantation concernant ce phénomène qui reste encore récent. Il faut voir si l’AfD parvient à rester dans ces parlements encore plusieurs années. Il n’empêche, il s’agit malgré tout d’un phénomène qui touche l’ensemble de l’Allemagne. Ce qui est intéressant avec le Mecklembourg-Poméranie occidentale, c’est qu’il s’agit d’une région à la fois particulière et représentative de l’Allemagne : particulière car il s’agit d’un Lland de l’Est dirigé par une grande coalition, où l’extrême droite a toujours marqué des points. Représentative, car il s’agit du Land d’Angela Merkel. Les gens la connaissent, elle a "mouillé" sa chemise durant la campagne, c’est son fief.

LCI : Peut-on dire qu’il s’agissait d’une élection sur Angela Merkel avant d’être une élection régionale ?

Claire Demesmay : En partie, mais pas seulement. Il s’agissait bien d’une élection régionale comme il y en a partout en Allemagne, pays fédéral. Mais à la vue des thèmes de la campagne, et vu l’implication de la chancelière, oui, il s’agissait d’une élection sur sa personnalité et sur sa politique. Les deux grands thèmes de campagne étaient la politique des réfugiés ainsi que l’islam. Or, ce sont des sujets qui ne concernent pas le Mecklembourg-Poméranie occidentale ! Le pourcentage de réfugiés y est en effet très faible, et les seuls étrangers sont les touristes.

"Une politique controversée qui va à l'encontre de la CDU"

LCI : Angela Merkel paie-t-elle le prix de la politique migratoire qu’elle mène depuis un an ?

Claire Demesmay : Elle a en effet été sanctionnée pour cela. Elle s’est engagée dans cette politique, au travers de laquelle les Allemands l’identifient désormais. Une politique à la fois controversée et qui va à l’encontre de la CDU. C’est quelque chose de difficile à assumer pour elle. Elle a pris des risques politiques et personnels.

LCI : Peut-elle envisager décrocher un quatrième mandat lors des législatives de septembre 2017 ?

Claire Demesmay : Les élections sont dans un an. Elle a donc encore du temps. Beaucoup d’Allemands partent du principe qu’elle sera à nouveau candidate. Mais c’est quelqu’un qui peut changer rapidement de position, qui est sensible à l’atmosphère du pays. Si elle voit que les risques sont trop grands, elle n’ira pas au combat.

LCI : "Désormais l'Allemagne a ce qui n'avait jamais existé depuis la fin de la guerre (en 1945) : un parti d'extrême droite", regrettait dimanche le quotidien Die Welt. Plus globalement, ces résultats sont-ils le révélateur d’un nouveau climat politique dans le pays ?

Claire Demesmay : L’AfD attire des gens qui veulent taper du poing sur la table. Ce qui peut sembler désormais banal en France s’avère une nouveauté pour l’Allemagne, puisqu'il n’y avait pas de parti d’extrême droite véritablement établi. Des mouvements anti-islam qu’on observe partout en Europe se retrouvent désormais dans le pays.

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