Andrew Brunson, le pasteur de la discorde entre Ankara et Washington

International

Toute L'info sur

La purge en Turquie

DIPLOMATIE - Les tensions entre les deux alliés au sein de l'Otan atteignent toujours des sommets ces jours-ci, emportant la livre turque. Une brouille qui s'explique notamment par l'affaire Brunson, du nom de ce pasteur américain incarcéré depuis bientôt deux ans en Turquie.

Sanctions, représailles économiques et menaces verbales : rien ne va plus entre Washington et Ankara. Le conflit entre les deux géants a repris de plus belle vendredi 17 août, avec l'annonce par les Etats-Unis de menaces de nouvelles sanctions économiques à l'encontre du pays dirigé par Recep Tayyip Erdogan, déjà mal en point après la débâcle de la livre turque en bourse, ce lundi. En cause ? Une grave crise diplomatique depuis plusieurs mois, mais aussi le sort d'un Américain, incarcéré en Turquie. Son nom : Andrew Brunson.

Aujourd'hui âgé de 50 ans, cet Américain originaire de Caroline du Nord s'est installé en Turquie il y a 23 ans. Au sein de l’Église de la Résurrection d’Izmir, une petite congrégation protestante, Andrew Brunson est pasteur. C'est aussi là qu'il vit avec son épouse Norine, et leurs trois enfants, élevés en Turquie.

En vidéo

Jour de vote en Turquie : ce qui est en jeu pour Erdogan et le pays

Lire aussi

"Il est grand temps que le pasteur Brunson soit libre"

Pour ce couple, la vie a basculé en octobre 2016. Convoqué par la police, le pasteur pense ce jour-là qu'il va récupérer un titre de séjour permanent. En réalité, il va être incarcéré par les autorités turques, qui ont alors lancé une vaste purge dans la foulée du putsch manqué en juillet de la même année.  Andrew Brunson est en effet accusé d'avoir agi pour le compte du réseau du prédicateur Fethullah Gülen auquel Ankara impute, malgré les dénégations de ce dernier, le putsch manqué, mais aussi pour celui du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, rebelles kurdes). Deux organisations considérées comme "terroristes". Il risque 35 ans de prison.

Depuis l'incarcération de son époux, Norine a créé une page Facebook pour mobiliser l'opinion publique et donner des nouvelles d'Andrew. Le 18 juillet, on apprend ainsi qu'il doit rester en détention jusqu'à sa prochaine audition, le 12 octobre. Du côté de Washington, l'administration Trump a essayé de faire bouger le dossier : "Il est grand temps que le pasteur Brunson soit libre, autorisé à rentrer aux Etats-Unis", ainsi que les autres Américains ou employés locaux des missions diplomatiques américaines arrêtés par les autorités turques, a ainsi déclaré le 4 août Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine. Jeudi 16 août, le secrétaire au Trésor en a remis une couche, prévenant que les Etats-Unis prévoyaient "de faire davantage s'ils ne le lièbrent pas rapidement".

"Complot politique"

Devant l'inflexibilité turque, les Etats-Unis ont décidé d'accélérer le tempo. Des sanctions ont été prises contre les ministres turcs de la Justice et de l'Intérieur, Abdulhamit Gül et Süleyman Soylu, pour leur rôle présumé dans cette affaire. Dans la foulée, Donald Trump a annoncé une forte augmentation des droits de douane sur l'acier et l'aluminium importés de Turquie aux Etats-Unis. Conséquence : la livre turque, qui a perdu cette année plus de 40% de sa valeur face au dollar et à l'euro, s'est effondrée vendredi, faisant souffler un vent de panique sur les marchés à travers le monde.

Cela suffira-t-il a convaincre le président Erdogan ? Celui-ci s'est contenté de mettre la crise monétaire sur le compte d'un "complot politique" américain et affirmant qu'Ankara chercherait "de nouveaux marchés et alliés". Toutefois lundi, la Turquie a annoncé une série de mesures pour tenter de soutenir sa monnaie. Sa banque centrale a notamment indiqué qu'elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auront besoin, ajoutant qu'elle prendrait "toutes les mesures nécessaires" pour assurer la stabilité financière.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter