Angela Merkel va négocier une sortie de crise avec le SPD : les différents scénarios possibles en Allemagne

SUITES – Après l’échec des négociations entre le parti de la chancelière et ses alliés bavarois de la CSU avec les libéraux du FDP et les Verts, l’Allemagne fait face à une crise politique sans précédents depuis la réunification. Quels choix s’offrent à Angela Merkel ? Éléments de réponse.

L’horizon s'éclaircit-il pour Angela Merkel ? Après son échec dans les négociations menées entre son parti, la CDU, et son allié bavarois de la CSU avec les libéraux du FDP et les Verts pour former une coalition "Jamaïque" (des couleurs de chaque parti), la chancelière et ses proches ont, selon Bild, convenu jeudi 30 novembre d'entamer des discussions exploratoires avec les sociaux-démocrates du SPD. Ces derniers avaient jusqu'alors catégoriquement exclu de participer à une nouvelle coalition. La singularité de la situation leur a fait changer d'avis. 

Et pour cause : alors que l'Allemagne fait face à une crise politique sans précédent depuis la réunification, beaucoup considèrent urgent de sortir de l'impasse sous peine de voir le mouvement d'extrême-droite AfD - qui a déjà réalisé une percée historique lors des élections législatives de septembre - s'installer encore plus durablement dans le pays, à la faveur de nouvelles élections. De quoi créer une forme de consensus. "Mutti" profitera-t-elle de ces circonstances pour renverser la vapeur et à rester à la tête du pays ? Rien n’est moins sûr. En attendant de le savoir, LCI fait le point sur les différents scénarios possibles outre-Rhin. 

Une salve supplémentaire de négociations

L’option semblait peu probable, elle vient de reprendre une nouvelle épaisseur. Après l’échec des premières négociations mi-novembre, Angela Merkel a choisi jeudi de se tourner vers ses anciens partenaires du SPD avec qui elle dirige le pays depuis 2013. "Mutti" a notamment pu compter sur le soutien de son ex-vice-chancelier, le président de la République fédérale, Frank-Walter Steinmeier, membre du parti social-démocrate et ancien chef de la diplomatie de Berlin, déterminé à éviter de nouvelles élections. Présent lors de la réunion lors de laquelle a été prise la décision de (re)discuter, le chef de l'Etat est le grand artisan de ce rapprochement entre Angela Merkel et Martin Schulz. Il devrait continuer à peser de tout son poids pour qu'une solution soit trouvée et convaincre le chef des sociaux-démocrates de s'engager dans une nouvelle coalition. Une possibilité qui est encore loin d'être acquise. Ce vendredi, s'il a dit être prêt à évoquer toutes les options, Martin Schulz a souligné qu'une alliance avec les conservateurs n'était "pas automatique". Dans une interview accordée à l'hebdomadaire Der Spiegel, l'ancien président du Parlement européen réclame, entre autres, que l'Allemagne change sa politique continentale en appuyant les propositions de réforme de la zone euro du président français Emmanuel Macron. Toujours ce vendredi, le secrétaire général de la CDU a, lui, déclaré être disposé "à mener des discussions sérieuses au sujet d'un gouvernement stable". 

Une dissolution du Bundestag et de nouvelles élections

L’alternative paraissait inéluctable il y a encore deux semaines lorsqu'Angela Merkel avait fait savoir qu'elle y était favorable. Cette option reste néanmoins possible bien que conditionnée. La loi fondamentale - la Constitution allemande - prévoit que des élections anticipées ne peuvent être convoquées que dans deux cas, dont un seul siérait à la situation actuelle d’Angela Merkel. Si elle ne se fait élire chancelière qu'à la majorité relative (après trois tours de vote devant les députés, comme mentionné ci-dessus), le président pourrait, dans un délai d'une semaine, ne pas la nommer puis convoquer un nouveau scrutin législatif dans les 60 jours suivants. Mais la chancelière risquerait (très) gros et, pour de nombreuses voix, serait proche d’un "suicide politique" qui mettrait brutalement fin à son exercice du pouvoir.  

Un gouvernement minoritaire aux coalitions éphémères

Si le choix existe toujours, il semble hautement improbable. En l'absence de coalition ou de nouvelles élections, la chancelière pourrait, théoriquement, former un gouvernement minoritaire seulement composé de personnalités de la CDU et de la CSU, son pendant (plus conservateur) de Bavière. Un scénario encore jamais vu depuis la la fin de la guerre. Angela Merkel devrait alors être élue par les députés, avec trois tours de scrutin autorisés au maximum. Si aux deux premiers une majorité absolue n'avait pas été trouvée, elle serait alors susceptible d'être désignée à la majorité relative au troisième tour. Mais jusqu’à présent, la dirigeante a toujours rejeté cette option à hauts risques qui impliquerait de négocier au coup par coup à chaque texte de loi voté et de s’exposer à un certain immobilisme. Pour certains néanmoins, les "talents" d'équilibriste de la native de d'Hambourg, qui a déjà montré qu'elle savait donner des gages à sa droite comme à sa gauche, pourraient lui permettre de s'accomoder de telles circonstances, même si elle l'a elle-même exclu. 

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Angela Merkel, chancelière sans coalition

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