Angleterre : la "rue des allocations" qui fait scandale

Angleterre : la "rue des allocations" qui fait scandale

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TELE REALITE – C'est un "Reality Show" qui divise les Britanniques depuis une semaine : "Benefits Street" ("la rue des bénéfices", en français) dénonce les "profiteurs du système" et suscite un véritable tollé en Grande-Bretagne, d'autant plus que le pays est en plein débat sur la réforme du système des aides sociales qui vont encore être fortement réduites.

Sept millions de téléspectateurs ont regardé les deux premiers épisodes, le 8 et le 13 janvier. Des audiences monstres pour un débat qui, lui, enflamme toute l'Angleterre. A l'origine de la controverse : la nouvelle émission de la chaîne britannique Channel 4, réputée pour ses "documentaires chocs", et baptisée "Benefits Street". Traduction : "la rue des allocations sociales". Un portrait accablant des bénéficiaires de l'Etat-providence, tourné rue Turner, à Birmingham, deuxième ville du Royaume-Uni après Londres. Taux de chômage : 16,5%, soit deux fois la moyenne nationale. Le lieu n'a pas été choisi par hasard : de nombreux bénéficiaires de différentes aides sociales y résident.

Face à la caméra, un homme y explique ainsi comment voler des vêtements dans des magasins. Un couple confesse, en riant, avoir été pris en flagrant délit de frauder le système des allocations sociales. Dans la rue, les habitants vont et viennent, canette de bière à la main. On joue aux cartes, on se traîne en jogging, on jette les ordures à même le sol... Les stéréotypes sont tous là. La "glande", en somme, érigée en art de vivre. Et bien sûr, aucun travailleur.

"Allez bosser, bande de chiens"

Effet garanti, et immédiat. Depuis une semaine, le programme suscite des commentaires d'une violence inouïe sur la Toile. "Voir cette racaille dans Benefits Street me rend dingue. Allez bosser, bande de chiens", lance @sasharabella sur Twitter. "Quelle pourriture de voyous. Une balle coûte environ 30 pence, donc avec un billet de 20 livres (24 euros, ndlr), on pourrait se débarrasser de la rue et avoir encore de la monnaie en poche", se déchaîne @garryturner4 sur le même réseau social.

Il faut dire que la date choisie par la chaîne pour diffuser le premier épisode de son programme n'a rien d'anodin non plus : le Premier ministre conservateur David Cameron a engagé une vaste réforme de l'État providence, et des tabloïds jettent régulièrement en pâture les noms de fraudeurs présumés. Le moment "idéal" pour diffuser ce programme, en somme, pour Channel 4. Montrer des "profiteurs" au moment même où la Grande-Bretagne s'envenime dans un débat brûlant sur les prestations sociales : le scandale était assuré.

"Des cas extrêmes"

La présidente de la commission parlementaire chargée du travail, Anne Begg, membre de l'opposition travailliste, a également accusé Channel 4 de se focaliser sur "des cas extrêmes", à partir desquels "les gens extrapolent". "Il n'y avait pas un seul bénéficiaire classique dans l'émission", a-t-elle dénoncé.

Face au tollé, le patron de documentaires de la chaîne s'est défendu en assurant avoir apporté une contribution au débat : "cela me conforte dans l'idée de la nécessité absolue de proposer des programmes sur le sujet. Eviter la réalité quotidienne ou l'édulcorer serait un manquement à notre devoir", a ainsi jugé Nick Mirsky, dans une tribune au journal The Guardian . Tout le monde n'est pas de cet avis : écœurées et scandalisées par le parti pris de l'émission, plus de 30.000 personnes ont signé une pétition exigeant son interruption. En vain, pour l'instant. 

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