Apôtre de la transparence et personnage secret, le paradoxe Julian Assange

International

INSAISISSABLE - WikiLeaks, qui fête ses 10 ans ce 4 octobre, peut se targuer d'avoir divulgué de nombreux documents confidentiels. Paradoxalement, son fondateur Julian Assange demeure un personnage très secret. Portrait.

Le 4 octobre 2006, Julian Assange enregistrait le nom de domaine wikileaks.org. En 10 ans, cette plateforme a publié plus de 10 millions de documents fournis par des lanceurs d'alerte. Mais le site voit son image écornée notamment par les ennuis judiciaires de Julian Assange. La justice suédoise a une nouvelle fois maintenu mi-septembre le mandat d'arrêt européen émis en 2010 à son encontre. La cour d'appel de Stockholm estime en effet que Julian Assange "reste soupçonné de viol" et qu'"il existe un risque qu'il se soustraie à des poursuites judiciaires ou à une condamnation".

A la veille de cette décision, Wikileaks avait rendu public des éléments du dossier médical de son fondateur, indiquant que sa santé se dégradait. "La santé mentale de M. Assange risque très probablement de se détériorer avec le temps s'il reste dans la situation actuelle", prévient l'organisation, qui fait aussi état de problèmes aux dents et à l'épaule.

Lire aussi

    2010, une année aussi lumineuse que sombre

    Personnage controversé – défenseur héroïque des libertés pour ses fans, égocentrique en mal d'attention pour ses détracteurs –, Julian Assange a atteint une renommée mondiale en 2010 en publiant sur Internet les "War Logs", documents classés secret-défense dévoilant des abus commis par l'armée américaine en Afghanistan et en Irak.

    Désigné "homme de l'année" cette année-là par le magazine Time et le journal Le Monde, cet ancien hacker est alors glorifié par la majorité des défenseurs des droits de l'Homme. Mais c’est aussi cette même année que sa vie bascule dans l’obscurité. L'Australien à la tignasse blonde se retrouve en effet accusé - à tort, selon lui - de viol et d'agressions sexuelles en Suède.

    Visé par un mandat d'arrêt européen, Assange est rapidement arrêté à Londres et assigné à résidence au Royaume-Uni. Après avoir épuisé tous ses recours pour éviter l'extradition en Suède (d'où il sera, selon lui, ensuite transféré aux Etats-Unis avec le risque d'être condamné à mort), il finit par pousser le 19 juin 2012 la porte de l'ambassade d'Équateur pour y demander l'asile politique, qu’il obtient. 

    Des conditions de vie "misérables" dans 18 m²

    Quatre ans plus tard, il vit toujours reclus dans une pièce de 18 m² de cet immeuble en brique rouge à Knightsbridge, dans des conditions "misérables", selon l’un de ses proches. Il y retrouve une clandestinité familière, lui rappelant le temps où, à la limite de la paranoïa, il évitait de dormir deux nuits de suite dans le même lit et changeait constamment les puces de son téléphone pour en effacer les traces.

    Mais c'est aussi l'une des premières fois de sa vie qu'il reste aussi longtemps au même endroit, lui qui fut baladé de gauche à droite dès sa plus tendre enfance, au gré des amours de sa mère. Christine Ann Assange, une artiste, s'est séparée du père de Julian avant même sa naissance.  Jusqu'à l'âge de 15 ans, le futur fondateur de Wikileaks vivra ainsi dans plus de trente villes australiennes différentes et fréquentera plusieurs écoles avant de se poser à Melbourne.

    Des piratages de la Nasa et du Pentagone comme apprentissage

    Doué, il étudie les mathématiques, la physique et l'informatique, mais sans obtenir de diplôme. Déjà, il est happé par la communauté des hackers, où son esprit brillant séduit. Il commence alors à pirater les sites de la Nasa ou du Pentagone en utilisant le pseudo de "Mendax". C'est à cette période qu'il a un fils, Daniel, dont il se disputera la garde avec la mère.

    Lorsqu'il accède à la notoriété avec Wikileaks, il est célébré comme un génie informatique et un messie libertaire. L’un de ses biographes l’affuble même du costume d’"homme le plus dangereux au monde".  Mais rapidement, les critiques l'emportent. En provenance des autorités bien sûr qui l'accusent de mettre des vies en danger et le traitent de paria. Mais aussi d'anciens amis et collaborateurs qui décrivent un personnage autocentré, obsessionnel et paranoïaque.

    L'homme qui se targue de dévoiler les secrets de ce monde ne supporte par les siens- Andrew O’Hagan, ghost writer de Julian Assange

    Chargé de rédiger l’autobiographie d'Assange, Andrew O’Hagan, finit par jeter l'éponge avec ce verdict définitif : "l'homme qui se targue de dévoiler les secrets de ce monde ne supporte par les siens." Depuis, l'étoile d'Assange n'a cessé de pâlir. Disant constamment être victime de "persécutions", il a brouillé son image de cyber-guerrier de l'information et perdu de nombreux supporters. 

    Un noyau dur est resté fidèle et continue à relayer son combat avec Wikileaks, notamment lorsqu'il s'agit d'apporter son soutien à Edward Snowden, l'un des "successeurs" de l'Australien. Mais celui qui se targue d'avoir inventé "le premier service de renseignements du peuple au monde" et d'avoir popularisé les lanceurs d'alerte semble aujourd'hui bien esseulé.

    VIDÉO - L'intégralité de l'interview de Julian Assange sur TF1 en 2015

    En vidéo

    Julian Assange sur TF1 : l'intégralité de l'interview

    Sur le même sujet

    Et aussi

    Lire et commenter