Après 54 ans d'absence, le drapeau américain flotte sur La Havane

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CUBA – Symbole fort de la reprise des relations diplomatiques entre Washington et La Havane, le drapeau américain a été hissé vendredi devant l'ambassade des Etats-Unis, récemment réouverte, en présence de John Kerry et de son homologue cubain, Bruno Rodriguez.

Un symbole fort qui marque la fin d'une époque. Le drapeau américain a refait son apparition vendredi devant l'ambassade des Etats-Unis à Cuba, 54 ans après son retrait, en présence du secrétaire d'Etat John Kerry. Premier chef de la diplomatie américaine à fouler le sol cubain depuis 1945, celui-ci a passé une dizaine d'heures sur l'île avant de repartir en début de soirée.

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John Kerry a salué une étape "historique" mais plaidé pour une "véritable démocratie" dans l'île communiste et a assuré que la normalisation des relations entre les deux ex-ennemis de la Guerre froide avait un caractère irréversible. "Aujourd'hui, nous faisons un pas historique – et j'ajouterai qu'il aurait dû survenir bien plus tôt – dans la bonne direction et nous sommes déterminés à aller de l'avant", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse avec son homologue cubain, Bruno Rodriguez. "Je ne peux pas imaginer un président, qu'il soit républicain ou démocrate, jeter tout ça par la fenêtre", a-t-il lancé, alors que sa visite a suscité les critiques du gouverneur Jeb Bush et du sénateur Marco Rubio, candidats républicains à la Maison-Blanche. Faisant montre de bonne volonté, Bruno Rodriguez a affirmé que Cuba était disposé à "discuter de tous les sujets, même si nous ne sommes pas toujours d'accord", avec les Etats-Unis.

Les droits de l'homme, condition essentielle à la levée de l’embargo pour Washington

Auprès des journalistes qui l'accompagnaient, le secrétaire d'Etat américain, qui a rencontré en privé, dans l'après-midi, des dissidents, a conditionné la levée de l'embargo économique, imposé à l'île depuis 1962, à une amélioration sur le front des droits de l'homme. "En aucune manière le Congrès ne va voter pour lever l'embargo s'ils [les Cubains] n'avancent pas sur ces questions", a-t-il martelé, indiquant qu'une commission bilatérale pour poursuivre le rapprochement, notamment sur le thème des droits de l'homme, se réunirait en septembre.

Mais le ministre cubain des Affaires étrangères a critiqué Washington sur cette question cruciale : "Nous aussi nous avons des inquiétudes en matière de droits de l'homme aux Etats-Unis." "Ce n'est pas à Cuba qu'il y a des faits de violence raciale ou de brutalité policière", a-t-il observé, dénonçant aussi la "torture" pratiquée à la base américaine de Guantanamo. Le ministre a surtout répété les exigences de La Havane avant de sceller complètement la bonne entente entre ces deux pays brouillés pendant plus d'un demi-siècle. "J'ai rappelé au secrétaire d'Etat que la levée totale du blocus était essentielle pour pouvoir avoir des relations normales avec les Etats-Unis, de même que la restitution de la base navale de Guantanamo", située à Cuba, a-t-il affirmé.

Réouverture officielle de l'ambassade

Point d'orgue de cette journée : la réouverture officielle de l'ambassade, huit mois après l'annonce solennelle et simultanée, le 17 décembre, par Barack Obama et Raul Castro, d'un rapprochement historique. Même si, dans les faits, les relations diplomatiques étaient déjà rétablies – et les deux ambassades rouvertes – depuis le 20 juillet. Les deux États avaient rompu les liens en 1961, deux ans après l'arrivée au pouvoir des guérilleros dirigés par Fidel Castro, mais ils entretenaient depuis 1977 des sections d'intérêt qui faisaient office d'ambassades. 

Derrière des barrières de sécurité, une petite foule a assisté à cette cérémonie, agitant des drapeaux cubains. Les hymnes cubain et américain et la levée du drapeau ont été accompagnés de "Viva" et d'applaudissements. Façades repeintes, rues asphaltées dans l'urgence : La Havane s'était mise sur son trente-et-un pour accueillir John Kerry, qui s'est offert une promenade à pied dans le pittoresque centre historique, ôtant sa veste et sa cravate sous l'écrasante chaleur. Saluant de la main les Cubains installés à leurs balcons, s'arrêtant dans une boutique de cigares et de rhum, admirant quelques-unes de ces vieilles voitures américaines qui ont fait la renommée de l'île, John Kerry a semblé apprécier sa découverte de la vieille ville, accompagné par un historien.

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