Après la Crimée, la Transnistrie demande son rattachement à Moscou

Après la Crimée, la Transnistrie demande son rattachement à Moscou

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TENSIONS - La Transnistrie, région séparatiste de la Moldavie, a appelé de ses voeux mardi un rattachement à Moscou. Alors que l'arrivée dans le giron russe de la Crimée doit être ratifiée jeudi par la Douma, doit-on craindre un effet boule de neige dans la région ? Metronews fait le point.

Impuissant, le gouvernement ukrainien devrait assister jeudi à l'amputation officielle d'une partie de son territoire. La Douma, le parlement russe, doit en effet ratifier le rattachement de la Crimée à la Russie. Une crise qui fait craindre à d'autres pays des Balkans à la forte communauté russophone de subir le même sort. Au premier rang d'entre eux se trouve la Transnistrie, région sécessionniste de la Moldavie depuis 1990 et pour laquelle le président du Parlement a souhaité mardi le rattachement à Moscou.

Qu'est-ce que la Transnistrie ?
C'est une petite bande de terre de 4000 km2 à l'est de la Moldavie, longeant la frontière avec l'Ukraine. Habitée par 550 000 habitants dont un tiers de roumanophones, un tiers de russophones et un tiers d'Ukrainiens, cette région séparatiste avait été rattachée à la République socialiste soviétique moldave après la Seconde Guerre mondiale. La Pridniestrovie, ou "République moldave du Dniestr" comme l'appellent les russophones, "possède trois des quatre critères pour être un Etat : la population, le territoire et le gouvernement mais pas la reconnaissance internationale", explique Florent Parmentier. Elle n'est pas même reconnue par la Russie. Pourtant depuis 20 ans, la Transnistrie fait pression sur la Douma pour intégrer la Fédération.

Que demande exactement la Transnistrie ?
Le rattachement pur et simple à la Russie. "Les autorités de la République de Moldavie n'ont aucun pouvoir sur la Transnistrie, qui demande à la Russie de l'annexer", écrivait ainsi mardi le président du Soviet suprême dans une lettre adressée à la Douma russe. Une volonté qui ne date pas d'hier : "En 1990, lors de la chute de l'URSS, une partie du pays a fait le choix de rester plus proche de Moscou, en raison de liens plus étroits", explique Florent Parmentier, enseignant à Sciences Po et spécialiste de la Moldavie. La Transnistrie déclare alors son indépendance, avant une guerre de deux ans débouchant sur statu quo. La Moldavie, pays le plus pauvre d'Europe, redoute aujourd'hui que le cas de la Crimée ne redonne de la vigueur au combat indépendantiste. D'autant que le désir de rejoindre la Russie n'a pas faibli : en 2006, un référendum organisé par la Transnitrie obtenait 97% de "oui" pour le rattachement.

Doit-on craindre un effet boule de neige ?
"On peut surtout craindre des risques de tensions régionales, nuance Florent Parmentier. Et la Transnistrie pourrait être un véritable problème pour la Moldavie et l'Ukraine". Les autres pays avec une communauté russophone - Estonie, Lettonie ou Lituanie - sont moins en danger. L’Estonie est ainsi membre de l’Union européenne, membre de l’Otan. Un cadre juridique qui la prémunit de l'appétit insatiable de la Russie.

Quel est l'intérêt de la Russie ?
Au-delà de la Transnistrie, c'est plus généralement la Moldavie que vise Vladimir Poutine. Mais le petit pays ne cache pas ses ambitions européennes depuis trois ans. "Elle est la meilleure élève dans le cadre du partenariat oriental initié par l'UE grâce à plusieurs réformes et un commerce extérieur qui se fait pour plus de la moitié avec l'union", note Florent Parmentier. Le Parlement européen a ainsi voté la libéralisation des visas pour les Moldaves fin février et financé la construction d'un gazoduc reliant Moldavie et Roumanie. De son côté, la Russie a notamment interdit l'importation de vins moldaves afin de faire pression sur le pays. Cette dernière cherche en effet à créer une union douanière eurasiatique d'ici 2015, dans laquelle la Moldavie et surtout l'Ukraine seraient des piliers. Une ambition qui explique que la Russie n'ait pas reconnu l'indépendance de la Transnistrie qui lui ferait perdre un levier de poids en territoire moldave.


 

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