Arabie Saoudite : 24 juin 2018, les femmes (enfin) autorisées à conduire

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ÉMANCIPATION - C'est une véritable révolution pour le royaume ultraconservateur d'Arabie Saoudite : à partir de ce dimanche 24 juin, les femmes peuvent prendre le volant.

Le 24 juin "sera un grand jour pour nous", confiait Aziza, 22 ans, à nos confrères de l'AFP il y a quelques jours.  Si cette étudiante en psychologie se montre si enthousiaste, c'est qu'à partir de ce dimanche, les femmes sont enfin autorisées à conduire en Arabie Saoudite. Une réforme historique pour ce royaume ultraconservateur, qui met fin à une interdiction unique au monde.  "On va désormais pouvoir aller seules partout - hôpital, hôtel, restaurant. Nous n'avons plus besoin d'un homme", se réjouit Hatoun ben Dakhil, étudiante en pharmacie de 21 ans. "Le temps où on devait attendre un chauffeur est révolu". 


Inimaginable il y a encore un an, des auto-écoles ont vu le jour dans les grandes villes pour apprendre aux femmes la conduite des voitures et des motos. Les premiers permis ont été délivrés au début du mois. Après avoir passé un test, certaines femmes ont également pu échanger leur permis étranger contre un permis saoudien. D'ici 2020, près de trois millions de femmes pourraient se voir attribuer ce précieux sésame et commencer à conduire, selon le cabinet de consultants PricewaterhouseCoopers.

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La levée de cette interdiction, devenue au fil  des années le symbole d'une discrimination envers les femmes dans ce pays d’islam rigoriste, a été permise par le prince héritier Mohammed Ben Salmane. Ce dernier initie d'importantes réformes sociétales mais aussi économiques depuis sa prise de pouvoir, il y a maintenant un an. Vu comme un chef d'Etat moderne même si le régime reste très répressif, il a également autorisé les femmes à travailler, à créer leurs propres entreprises ou encore à aller au stade.


Mais il faudra cependant du temps pour faire évoluer les mentalités de ce pays déchiré entre tradition et modernité.  Les ultraconservateurs continuent ainsi de voir la conduite des femmes comme un péché qui favoriserait la promiscuité. 

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Beaucoup craignent également le harcèlement de rue et les comportements sexistes. Le gouvernement en a bien conscience et a d'ailleurs récemment pris des mesures à l'encontre de ces agressions, avec des peines pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et une amende de 300.000 rials (69.000 euros).


Surtout, cette avancée majeure n'est pas le gage que les autorités veuillent mettre en place une véritable égalité des sexes.  De nombreuses militantes sont actuellement sous les verrous. Selon des ONG, elles auraient fait campagne contre le système de tutelle permettant aux hommes de décider à la place des femmes. Le gouvernement, de son côté, les accuse d'atteinte à la sécurité du royaume et d'avoir aidé les "ennemis" de l'Etat. Parmi elles, on compte Oujain al-Hathloul, arrêtée au mois de mai. Agée de 28 ans, elle est déjà passée par la prison en 2014, après avoir tenté d'entrer dans le royaume au volant d'une voiture. Elle avait été libérée 73 jours plus tard sous la pression internationale.

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