Arabie Saoudite : l'autorisation de conduire pour les femmes s'explique aussi par des raisons économiques

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DROIT DES FEMMES - Les Saoudiennes vont être autorisées à conduire, selon un décret royal publié mardi soir et qui sera appliqué en juin prochain. Une avancée certaine pour les femmes dans ce pays ultra-conservateur mais également une décision motivée par des intérêts économiques. Explications.

La fin d’un long combat pour des dizaines de milliers de Saoudiennes. En autorisant mardi ses citoyennes à prendre le volant, le roi Salmane a mis fin à une interdiction qui faisait de son pays le seul état du monde où les femmes n’avaient pas le droit de conduire. Une décision historique mais cependant aussi (et surtout ?) motivée par des raisons bien éloignées de la condition de la femme dans le royaume.


Certes, en novembre dernier, le prince et milliardaire saoudien Al-Walid ben Talal avait lancé un vibrant appel pour que les femmes obtiennent enfin le droit de conduire… avant de déplorer le "coût économique" découlant du fait que les femmes en Arabie saoudite dépendent, pour se déplacer, de chauffeurs privés "étrangers" ou de taxis. Un recours à des chauffeurs étrangers qui, selon lui,  coûte des milliards de dollars à l'économie saoudienne...

Campagne de répression

Le milliardaire avait également regretté que, si un mari trouve le temps de conduire son épouse, cela suppose qu'il s'absente de son travail, réduisant sa productivité. Une productivité dont le pays a besoin, selon cet influent prince : autoriser les femmes à conduire est "une demande sociale urgente que la conjoncture économique justifie". Une référence aux difficultés budgétaires que connaît le pays en raison de la baisse de ses recettes pétrolières, consécutive à l'effondrement des cours du brut. Ryad a d’ailleurs adopté un ambitieux plan de réformes économiques et sociales à l'horizon 2030 pour limiter sa dépendance au pétrole.

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Autre explication à cet allègement des restrictions : masquer des critiques sur une récente campagne de répression, estiment des analystes. Les autorités ont arrêté ce mois-ci une vingtaine de personnalités, dont des prédicateurs influents et des intellectuels réformateurs. Des analystes affirment que nombre de ces dissidents critiquaient la politique étrangère musclée du jeune prince héritier Mohammed ben Salmane (32 ans), comme le boycott du Qatar, ainsi que certaines réformes comme la privatisation d'entreprises publiques et la réduction des subventions de l'Etat.

Système de tutelle

Enfin, si les Saoudiennes peuvent se réjouir de la levée de l'interdiction de conduire, elles restent soumises à des restrictions plus sévères encore, profondément ancrées dans une société musulmane conservatrice. Premier d’entre eux : le système de tutelle, qui les oblige à solliciter l'autorisation d'un membre masculin de la famille proche pour des démarches de la vie quotidienne. Concrètement, une femme peut se trouver dans l'obligation de demander à son frère cadet la permission d'entreprendre une intervention médicale ou de voyager à l'étranger.


 Des restrictions sont aussi imposées en matière de mariage : en plus de l'interdiction qu'on trouve dans la plupart des pays arabes de contracter un mariage avec des non-musulmans, le Comité permanent pour les recherches islamiques et l'émission de Fatwas - un organisme officiel - a décidé qu'une femme sunnite ne pouvait épouser un "homme chiite ou communiste (athée)". D'autres restrictions ont été levées en théorie, mais sont toujours appliquées dans les milieux conservateurs de ce pays de plus de 31 millions d'habitants.

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