Arabie Saoudite : la peine de mort requise pour la première fois contre une militante des droits humains

Arabie Saoudite : la peine de mort requise pour la première fois contre une militante des droits humains
International

DROIT DE L'HOMME - Le parquet saoudien a requis la peine de mort contre cinq militants des droits humains, ont indiqué Amnesty International et Human Rights Watch, jeudi 23 août. Parmi eux, l'activiste Israa al-Ghomghan, visée pour son travail sur la persécution de la minorité chiite.

Un sentiment de liberté de courte durée en Arabie Saoudite. Deux mois après avoir levé l’interdiction faite aux femmes de conduire, suscitant un relatif espoir de modernisme dans ce royaume ultraconservateur, le pays semble renouer avec ses vieux démons. La peine de mort a en effet été requise pour cinq militants des droits de l’homme ce mercredi. Parmi eux : une activiste, qui pourrait devenir la première femme du pays à être exécutée pour son engagement en faveur des droits fondamentaux.

Israa al-Ghomgham est en effet accusée d'avoir incité à la contestation au sein de la minorité musulmane chiite dans ce royaume dirigée par une dynastie sunnite. Une contestation qu’elle incarne depuis quelques années : cette militante était connue des autorités saoudiennes depuis qu'elle avait documenté, à partir de 2011, les manifestations antigouvernementales dans la Province orientale, où se concentre la majeure partie de la minorité chiite qui se plaint régulièrement d'être persécutée et marginalisée dans un royaume dirigé par une dynastie sunnite. Elle avait été arrêtée chez elle, avec son mari, en décembre 2015, selon l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, qui a révélé l’information. 

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Les réquisitions du parquet saoudien n’ont pas encore été confirmées par les autorités. Mais tout porte à croire que ce durcissement s’inscrit dans le cadre de la répression amorcée ces derniers mois par Riyad, les arrestations se multipliant parmi les militantes des droits des femmes. Parmi elles : Samar Badawi. Cette dernière est la récipiendaire du Prix international du courage féminin 2012, décerné par le département d'État américain. Elle fait campagne pour la libération de son frère, Raïf Badawi, un blogueur dissident condamné à 1000 coups de fouet pour blasphème, et Walid Abou al-Khair, son ancien mari.

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Nassima al-Sadah, elle aussi, s’est retrouvée derrière les barreaux. Elle s’oppose depuis des années au système de tutelle de l'Arabie saoudite, qui met la femme sous l'autorité de l'homme quand il s'agit d'étudier, de voyager ou de se marier. Au total, une dizaine de militantes ont été arrêtées, accusées de porter atteinte à la sécurité nationale et de collaborer avec les ennemis de l'État.

Ces arrestations sont intervenues alors que ce royaume ultraconservateur avait semblé faire quelques pas en faveur des droits des femmes, les autorisant à conduire à partir de juin, les autorisant notamment à conduire ou à se rendre dans des stades de football, ce mouvement suscitant une certaine approbation à l'endroit du prince Mohammed Ben Salmane, qui avait même été reçu par Emmanuel Macron en avril à Paris. Sauf que, dans les faits, les femmes demeurent sous tutelle. Elles doivent en effet obtenir la permission de leur parent masculin le plus proche - mari, père, frère ou même fils - dans la plupart des domaines de leur vie :  travailler, s'inscrire dans un établissement d'enseignement, ou dans certains cas recevoir des soins médicaux.

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