Arabie Saoudite : qui est le journaliste Jamal Khashoggi, disparu à Istanbul ?

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PORTRAIT - L'éditorialiste critique du pouvoir saoudien n'a plus donné signe de vie depuis son entrée pour des démarches administratives le 2 octobre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul.

La vérité sur "l'affaire Khashoggi" finira-t-elle par éclater ? Dix jours après sa disparition après une visite au consulat saoudien d'Istanbul, le mystère demeure entier concernant ce journaliste de renom. La police turque estime que le journaliste saoudien a été tué à l'intérieur du consulat par des agents de Ryad venus spécialement en Turquie, selon une source proche du gouvernement, mais Ryad a fermement démenti ces accusations.


Connu pour son franc-parler, Jamal Khashoggi s'est exilé aux Etats-Unis en 2017 après être tombé en disgrâce à la cour du prince héritier Mohammed ben Salmane. Ce brillant intellectuel âgé de 59 ans n'a jamais mâché ses mots, que ce soit lorsqu'il a dirigé des rédactions dans son pays ou quand il a pris la plume depuis l'Occident pour critiquer le royaume saoudien à l'ère du puissant prince Mohammed, surnommé "MBS". Le 6 mars, il écrivait ainsi dans un éditorial cosigné avec Robert Lacey dans le quotidien britannique The Guardian : "Pour son programme de réformes intérieures, le prince héritier mérite des éloges. Mais ce jeune et impétueux innovateur n'a ni encouragé ni permis le moindre débat en Arabie saoudite sur la nature de ses nombreux changements". 

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Rapports ambigus avec le pouvoir saoudien

Homme de grande taille, portant des lunettes, une moustache et un bouc grisonnant, Jamal Khashoggi est né à Médine, une ville située dans l'ouest de l'Arabie saoudite. Proche de l'islamisme radical dans sa jeunesse, il a par la suite embrassé des idées libérales. Il a commencé sa carrière de journaliste dans les années 1980, collaborant notamment à Saudi Gazette, Okaz et Asharq al-Awsat. Pour le compte de ces publications, Jamal Khashoggi a couvert des conflits et a interviewé à plusieurs reprises en Afghanistan et au Soudan l'ancien chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden. Jugé trop progressiste, il avait été contraint à la démission en 2003 du poste de rédacteur-en-chef du quotidien saoudien Al-Watan. Il y était revenu en 2007, mais était reparti en 2010 après un éditorial jugé offensant pour les salafistes, courant rigoriste de l'islam qui prône une obéissance totale au gouvernant.


Jamal Khashoggi a longtemps entretenu des rapports ambigus avec le pouvoir saoudien, ayant occupé des postes de conseiller, notamment auprès d'un ancien ambassadeur à Washington, le prince Turki al-Fayçal, qui a aussi dirigé les services de renseignements saoudiens. Un autre prince, le milliardaire Al-Walid ben Talal, lui avait confié la direction d'une grande chaîne panarabe d'information en continu, "Alarab". Mais ce projet, qui devait être lancé en 2015, n'a jamais vu le jour après une interdiction des autorités de Manama, proches de Ryad. Le prince Al-Walid a lui-même été détenu entre novembre 2017 et janvier 2018 à l'hôtel Ritz-Carlton de Ryad avec des dizaines de personnalités accusées de "corruption".


Jamal Khashoggi a quitté son pays après une campagne d'arrestations de dissidents, dont des prédicateurs et des intellectuels, en septembre 2017. A l'époque, il avait annoncé avoir été interdit de s'exprimer dans le quotidien panarabe Al-Hayat, propriété du prince saoudien Khaled ben Sultan al-Saoud, pour avoir défendu la confrérie islamiste des Frères musulmans, classée "terroriste" par Ryad. Dès septembre 2017, dans une tribune publiée par le Washington Post, M. Khashoggi écrivait : "Quand je parle de peur, d'intimidation, d'arrestations et d'humiliations publiques d'intellectuels et de dirigeants religieux et que je vous dis que je suis d'Arabie saoudite, êtes-vous surpris?".

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