Armes chimiques en Syrie : de quelles "preuves" Macron parle-t-il ?

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CONFLIT - Emmanuel Macron assure avoir en sa possession des "preuves" que le régime syrien est responsable de l'attaque chimique à Douma le 7 avril. Lesquelles ? Un document a notamment été mis en ligne samedi par la Défense pour légitimer l'intervention française.

Damas a eu recours à des gaz toxiques pour frapper la ville rebelle de Douma, le 7 avril. C’est la thèse que défendent bec et ongles la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni depuis dix jours. Emmanuel Macron l’a encore assuré dimanche soir sur BFM et Mediapart : "Nous avons obtenu des preuves que du chlore, des armes chimiques, avaient été utilisés" et qu'ils "pouvaient être attribués au régime syrien". Des preuves inexistantes, a répondu la Russie, dénonçant une "mise en scène". Qui croire ?


Pour attester de sa bonne foi, le ministère français de la Défense s'est fendu samedi d'une "évaluation nationale". En clair : une synthèse de six pages, mise en ligne sur son site, laquelle recense les "analyses techniques d'informations de source ouverte et de renseignements déclassifiés obtenus par les services français" au sujet de l'attaque du 7 avril. Une attaque au sujet de laquelle les autorités affirment disposer de "témoignages, de photos et vidéos". Ces derniers permettent de "conclure avec un haut degré de confiance que la grande majorité (des vidéos et images) est de facture récente et ne relève pas d’une fabrication."

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Un "faisceau de preuves"

En outre, ce document accessible au grand public s'appuie sur le contexte militaire dans la Ghouta orientale, une zone sur laquelle lorgnait le régime depuis plusieurs mois. Les rebelles visés par l'attaque auraient-ils pu eux-mêmes mettre en scène une attaque chimique des troupes de Bachar al-Assad ? Faux, estime le gouvernement français : "Les groupes présents dans la Ghouta n’ont pas les moyens de mener une manœuvre de communication d’une telle ampleur." En outre, cette synthèse rappelle les précédentes attaques chimiques orchestrées par le régime de Damas. Enfin, le gouvernement assortit le document d'images de victimes, "récupérées par une source" et "publiées sur Internet."  On y voit ce que la synthèse qualifie "d'hyper salivation et hyper sécrétions".


Si le document français relève davantage du raisonnement et d'une déduction, il n'apporte en revanche pas de preuves tangibles. Le texte le précise d'ailleurs : il s'agit d'un "faisceau de preuves". Les services français ne disposent en effet d'aucun échantillon récupéré sur place. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, eux, se sont contentés de marteler leur certitude à l'oral à défaut de présenter des éléments matériels. Interrogée vendredi, la porte-parole du Département d'Etat américain Heather Nauert a expliqué "qu'un tas de ces choses sont classifiées" pour justifier que les Etats-Unis n'aient pas rendu publiques les preuves dont ils disposent.

"Une provocation" selon Moscou

En l'absence de preuves formelles, la Russie s'est engouffrée dans la brèche. "Nos spécialistes militaires se sont déjà rendus sur place (...) Ils n'ont découvert aucune trace de chlore ou d'une quelconque substance chimique utilisée contre les civils", a affirmé le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov - la zone était alors encore en partie sous contrôle rebelle. L'armée russe a également assuré avoir des "preuves qui témoignent de la participation directe de la Grande-Bretagne à l'organisation de cette provocation dans la Ghouta orientale", accusant Londres d'avoir exercé "une forte pression" sur les Casques blancs, le groupe de secouristes en zone rebelle, pour la mise en scène de l'attaque chimique présumée.


Pour essayer de mettre fin à cette guerre des mots, les enquêteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) sont arrivés ce dimanche à Douma. Leur mission, menée à la demande du gouvernement syrien, est "simple" : déterminer si des armes chimiques ont été utilisées ou non à Douma. Seulement voilà, leur enquête n'identifiera pas les auteurs. Sauf surprise, les protagonistes devraient ainsi librement interpréter les résultats de l'enquête. Et attribuer selon leurs intérêts la responsabilité des éventuelles preuves découvertes dans la Ghouta orientale. 

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