Assassinat d'un policier à Rome : autopsie d'un emballement généralisé anti-immigrés

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REVIREMENT - Un gendarme a été assassiné dans la nuit de jeudi à vendredi dans la capitale italienne. Le suspect a dans un premier temps été décrit comme maghrébin, provoquant un déferlement de haine dans le pays, de la part d'une partie de la population et de la classe politique, Matteo Salvini en tête. L'agresseur a été arrêté dans l'après-midi, il s'agit en réalité d'un riche touriste américain de 19 ans.

"Ça aurait dû être le temps des condoléances et de la douleur. Ça aurait dû être un moment où le pays et les institutions se rassemblent autour de la famille et des collègues de Mario Cerciello Rega", regrette Giuditta Pini, une députée italienne du Parti démocrate. Au lieu de cela, le meurtre de ce gendarme italien a ravivé les tensions envers la communauté étrangère et notamment maghrébine en Italie. Retour sur ce fait divers polémique.


Dans la nuit de jeudi à vendredi, Mario Rega Cerciello, un gendarme de 35 ans qui revenait tout juste de son voyage de noces, a été tué de huit coups de couteau en tentant d'interpeller des hommes suspectés d'avoir volé un sac dans un quartier cossu proche du Vatican. Au petit matin, le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini avait commenté la nouvelle en affirmant : "Les suspects (...) ne sont pas des italiens". "Comme c'est surprenant ! ", ajoutait le chef de la Ligue du Nord, parti d'extrême droite. 


Les médias italiens relayaient dans le même temps que les présumés meurtriers étaient maghrébins. Sur Internet circulaient même des photos des présumés suspects. Selon Puntato, une application dédiée aux forces de police, trois d'entre eux étaient marocains, un quatrième algérien.

Il n'en fallait pas plus pour que les attaques racistes pleuvent sur les réseaux sociaux. Parmi les internautes, de simples citoyens italiens mais aussi des hommes et des femmes politiques. Luca Marsella, conseiller municipal dans la capitale se demandait ainsi sur Twitter : "Comment les deux Nord-Africains (...) sont entrés en Italie ?" "Peut-être sur l'un des navires d'ONG, indiquait-il. Et peut-être que certains parlementaires du #Pd (parti démocrate ndlr), leur ont serré la main et les ont aidés à débarquer. Qui sait ?"

"L'Italie ne peut pas être un lieu d'accueil pour certaines bêtes, s'indignait de son côté Giorgia Meloni, présidente du Parti d'extrême droite Frères d'Italie. J'espère que ces animaux seront capturés et pourriront en prison."


Matteo Salvini réclamait  "les travaux forcés à perpétuité" pour "ces bâtards", avant de dresser un parallèle avec un fait divers survenu à Turin : "Encore une autre attaque contre les forces de l'ordre par un groupe d'immigrés qui voulaient empêcher l'identification d'un trafiquant de drogue !"

La réalité est tout autre : grâce aux images de vidéosurveillance, les suspects ont pu être interpellés par les forces de l'ordre, le lendemain de l'agression. Il ne s'agit aucunement de Maghrébins mais de deux riches touristes américains, blancs de surcroît. Les deux jeunes hommes de 19 ans séjournaient dans un hôtel de luxe de la capitale et s'étaient procuré un billet d'avion pour tenter de sortir du pays le soir même. Tard dans la soirée de vendredi, l'un des deux a avoué être l'auteur des coups de couteau.


Alors que s'est-il passé ? Les deux touristes ont tenté de se procurer de la cocaïne mais au lieu de la drogue désirée, le dealer leur a vendu des cachets d'aspirine. En représailles, les jeunes hommes ont volé le sac à dos du dealer et lui ont fixé un rendez-vous au milieu de la nuit pour le lui rendre en échange de 100 euros, relatent les médias locaux.


Le dealer a rapporté le vol aux forces de l'ordre. A l'heure du rendez-vous, le gendarme Mario Cerciello Rega l'a donc accompagné, en civil, pour interpeller les voleurs, mais l'arrestation a viré au drame. Les deux Américains ont été placés en détention, ils sont poursuivis pour homicide aggravé et tentative d'extorsion, des chefs d'accusation qui doivent désormais être validés par un juge, rapporte l'AFP.


Ce revirement n'a pas pour autant calmé le jeu dans le pays. "Si nous étions un pays normal, la question ne serait pas la nationalité des assassins, mais la capacité de l'état à garantir la sécurité publique", a souligné sur Facebook Giuditta Pini, appelant à "reconstruire l'Italie".

Les funérailles du gendarme se tiendront ce lundi, dans l'église où il venait de se marier, rapporte la BBC.

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