Assaut du Capitole : les premières arrestations dessinent un mouvement hétéroclite

Des soutiens de Donald Trump, l'assaut des couloirs du Congrès américain, mercredi 6 janvier 2021

ARRESTATIONS - En une semaine, depuis l'intrusion de centaines de manifestants pro-Trump au Capitole, les autorités américaines ont déjà ouvert plus de 170 instructions, inculpant 70 personnes. Et ce n'est qu'un début. Alors que les arrestations se multiplient, elles dessinent une première galerie hétéroclite de portraits d'émeutiers.

Lors de leur conférence de presse conjointe, mercredi 13 janvier, le FBI et le procureur de Washington ont voulu donner le ton. "Le FBI a une très bonne mémoire et le bras long", a ainsi asséné son porte-parole Steven D'Antuono. Un message pour les participants à l'invasion du Capitole, que les autorités sont en train d'identifier un à un, grâce aux plus de 100.000 photos et vidéos recueillies sur les évènements. Le procureur de Washington D.C. a quant à lui voulu donner la mesure de l'enquête : "L'ensemble de l'enceinte du Capitole est actuellement considérée comme une scène de crime", explique Michael Sherwin. Il s'attend à ce que les chiffres du jour, s'agissant du nombre d'interpellations et du nombre de dossiers d'instruction ouverts, connaissent une augmentation exponentielle dans les semaines et les mois qui viennent. 

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Un jour ou l'autre, nous allons frapper à votre porte- Steven D'Antuono, porte-parole du FBI

Ce sont en effet quelque 160 dossiers d'instructions qui ont été ouverts, tandis que 70 personnes ont déjà été inculpées, au terme d'une première semaine d'enquête. Pour les autorités, elles seront à terme plusieurs centaines, quel que soit leur degré d'implication dans les évènements. Les charges retenues vont de la simple intrusion, ou du vol de courrier, à la destruction de matériel ou à des violences contre des policiers. Le FBI analyse des milliers d'informations, et conseille aux suspects de se signaler eux-mêmes. "Un jour ou l'autre, si vous avez pris part à l'activité criminelle à l'intérieur du Capitole, nous allons frapper à votre porte", a promis Steven D'Antuono. 

Une enquête d'une ampleur sans précédent

L'enquête serait, selon le procureur, "d'une ampleur sans précédent pour le Département de la Justice". C'est quasiment tout le territoire qui est concerné, les manifestants venant d'un peu partout aux États-Unis. Une carte de l'insurrection se dessine peu à peu, encore confuse. Et une galerie de portraits émerge, au fur et à mesure que les autorités identifient puis arrêtent les figures du mouvement. 

Mercredi 13 janvier, c'est un émeutier très repérable qui a été arrêté : sur de nombreuses photos et vidéos des évènements, l'homme promenait une longue barbe et surtout un sweat-shirt à l'imprimé sinistre, une référence cynique au camp d'Auschwitz et une tête de mort empruntée à une division de la Waffen-SS. Robert Keith Packer est un habitant de la Virginie voisine, bien connu dans sa ville de Newport News pour sa propension à faire état de ses convictions extrémistes. C'est d'ailleurs parce qu'il avait déjà l'habitude de porter ce sweat-shirt antisémite dans ses va-et-vient, qu'il a été identifié par un de ses concitoyens.

Venus "à l'appel du président"

Quant à Jake Angeli, la figure la plus emblématique des évènements du 6 janvier, il avait de lui-même contacté le FBI le lendemain, à qui il a expliqué qu'il était venu "à l'appel du président", avec d'autres "patriotes". De son vrai nom Jacob Anthony Chansley, l'homme à la coiffe aux cornes de bison est un membre revendiqué du mouvement conspirationniste QAnon, qui attribue un rôle messianique à Donald Trump. Le président américain sortant, sans y souscrire explicitement, a toujours refusé de condamner les membres de QAnon. Originaire de l'Arizona, Angeli avait été vu ces derniers mois, vêtu du même accoutrement, dans plusieurs rassemblements pro-Trump de la région de Phoenix. Il a finalement été arrêté samedi dernier avec trois autres personnes. En détention, cet homme facilement reconnaissable à ses tatouages wotanistes, un culte païen prisé des néonazis, refuserait de s'alimenter, selon sa mère qui fait valoir "qu'il tombe très malade s'il ne mange pas de nourriture bio". Le soir de l'émeute, TF1 avait pu l'interviewer juste après sa sortie de l'enceinte du Capitole le 6 janvier (voir vidéo ci-dessous).

En vidéo

États-Unis : Jake Angeli, figure de QAnon ayant envahi le Capitole, s'exprime sur LCI

Autre visage de l'émeute du 6 janvier, celui, d'un homme souriant qui se promène dans les couloirs du Capitole avec le pupitre de la présidente de la chambre, la démocrate Nancy Pelosi, sous le bras. Adam Christian Johnson a été arrêté vendredi en Floride, dont il est originaire. Ce serait un homme au foyer de 36 ans, marié et père de 5 enfants, inculpé et désormais écroué à la prison du comté de Pinellas. Le pupitre avait été abandonné sur place, et est même réapparu lors du vote de la Chambre pour la destitution de Donald Trump, mercredi 13 janvier.

Arrêté par le FBI deux jours après les faits, l'homme qui avait pris place dans le fauteuil de la même Nancy Pelosi, risque gros. Parce qu'il est entré au Capitole avec une arme, Richard Barnett pourrait écoper de 11 ans de prison. Originaire de l'Arkansas, Barnett avait sur le moment estimé qu'il s'asseyait dans son propre bureau : "Je paie mes impôts et je suis un patriote. Ce n'est pas son bureau, c'est un bureau que nous lui avons prêté".

Une à une, les figures les plus identifiables par le grand public, celles dont les images ont fait le tour du monde, sont arrêtées. Ainsi aussi de l'homme vu pourchassant l'officier de police Eugene Goodman dans les couloirs du Capitole, dans une des vidéos les plus virales des évènements. Doug Jensen vient lui de l'Iowa, et est également un sympathisant QAnon. Son comportement vis-à-vis d'un membre des forces de l'ordre pourrait lui coûter cher.

Plus furtifs, des hommes masqués avaient été vus transportant des menottes de plastique, ce qui peut laisser penser à un projet de prise d'otages. Eric Gavelek Munchel a finalement été arrêté dans le Tennessee, tandis que Larry Rendell Brock, dénoncé par son ex-femme, a été interpellé au Texas.

Deux parlementaires, un nageur, deux policiers, un pompier...

Le mouvement semble aussi avoir agrégé des personnalités plus inattendues, comme un ancien champion olympique de natation, des parlementaires locaux de l'Arizona, deux policiers de Virginie en civil ou un pompier de Floride. Pour l'heure, leur seule affiliation semble être celle au mouvement Stop The Steal, qui conteste la légitimité de l'élection de Joe Biden. Si les charges qui pèsent contre eux ne semblent pas inclure d'acte violent, la seule intrusion au Capitole est bien sûr passible de poursuites, et dans leur cas, de conséquences professionnelles lourdes. Légalement, la présence dans l'enceinte du vice-président Mike Pence, au moment des faits, est par ailleurs une circonstance aggravante pour chacun des manifestants entrés dans le Capitole. 

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Plusieurs des personnes déjà inculpées semblent, à entendre leurs avocats, se défendre en évoquant l'appel du président à manifester contre la validation de l'élection de Joe Biden. Une stratégie de défense qui pourrait éclabousser le procès en destitution de Donald Trump au Sénat, précisément pour cette accusation d'incitation, approuvée à la Chambre lors d'un vote historique. 

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