Attaque au couteau à Paris : Daech et la Tchétchénie, des liens de plus en plus forts

TERRORISME – L'auteur de l'attaque au couteau perpétrée à Paris samedi soir était originaire de Tchétchénie. Focus sur les liens entre l’État islamique et la Tchétchénie.

Samedi soir, dans le quartier de l’Opéra, en plein coeur de Paris, a eu lieu le premier attentat commis en France par un homme d'origine tchétchène. Bilan : un mort et quatre blessés, tous frappés au hasard à coups de couteau. Un précédent existe, dans la série d’attaques revendiquées contre des pays occidentaux par Daech ces dernières années : l’attentat perpétré lors du marathon de Boston, aux États-Unis, en 2013, qui avait fait trois morts et 264 blessés dans les explosions de deux bombes agricoles placées par deux frères d’origine tchétchène.

Daech s’intéresse de près à cette république autonome, constitutive de la Fédération de Russie, depuis 2014. Cette année-là, avant les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, les services de sécurité russes traquent sans relâche les djihadistes, qui fuient alors en masse le Caucase du nord pour rallier la Syrie. L’organisation terroriste avait commencé en fait à draguer dès 2013, à coup de vidéos, les islamistes sévèrement réprimés par le pouvoir russe pour qu’ils rejoignent ses rangs en famille. Résultat : le 29 juin 2014, plusieurs commandants rebelles tchétchènes font solennellement allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi, calife autoproclamé de l’État islamique.

À l’échelle de Daech, ce contingent de combattants non-arabes constitue une caste à part, estimée à 2.000 individus à la fin 2015. Pour avoir mené une longue guerre contre les Russes, les Tchétchènes ont la réputation d’être expérimentés, courageux et fins stratèges, ce qui leur vaut de tenir un rôle tactique fondamental dans les plus hautes sphères de l’État islamique. Le premier d’entre eux à agir concrètement se nomme Ahmed Tchataïev, dit "Ahmed le Manchot", réfugié politique en Autriche depuis 2003 et impliqué dans un attentat qui fait 45 morts à l’aéroport d’Istanbul le 28 juin 2016.

En France, c’est dès la fin 2013 que des ressortissants de cette République autonome du Caucase se retrouvent pour la première fois impliqués dans des affaires de terrorisme. À la fin de l’année, un Tchétchène résidant à Villeurbanne (Rhône) est ainsi mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Un peu plus tard, un employé de la mairie de Schiltigheim (Bas-Rhin), originaire de Tchétchénie, part en Syrie. 

Haine de l'Occident

Début 2015, au moins huit Tchétchènes ont aussi été arrêtés avant la marche républicaine du 11 janvier, soupçonnés de vouloir commettre un attentat dans la foule. Et un mois plus tard, ce sont six hommes originaires de Tchétchénie, deux possédant la nationalité française et quatre réfugiés politiques, qui ont été mis en examen et arrêtés, à Paris et Toulouse, dans le cadre d’une enquête sur une filière d'envoi de djihadistes en Syrie. Ce que l’on nomme aujourd’hui les "filières tchétchènes". A la fin de l'année, un Tchétchène avait aussi été arrêté à Tours pour un projet d'attentat. 

La haine de l’Occident, et de la Russie, lient ainsi des radicaux tchétchènes  à ceux de Daech, dont ils sont devenus une sorte de centre névralgique. Et de nombreux jeunes Tchétchènes, après avoir pris les armes sur leur sol, continuent donc d’aller garnir les rangs de l’État islamique, que ce soit en Syrie ou ailleurs, à travers de complexes réseaux migratoires. 


Khamzat A., auteur de l’attaque au couteau samedi soir dans Paris, avait été fiché S pour radicalisation. Et, selon nos informations, il avait été entendu par la Section anti-terroriste de la brigade criminelle en avril dernier pour ses liens présumés avec un homme dont la femme venait de partir en Syrie.

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