Attaque chimique en Syrie : les Etats-Unis ciblent Moscou qui refuse d'entendre parler d'une résolution à l'ONU

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GUERRE - En Syrie, ce mardi 4 avril, une nouvelle attaque à l'arme chimique a fait plus de 86 morts dont vingt enfants et soulevé une indignation générale dans le monde entier. Réuni en urgence ce mercredi, le Conseil de sécurité de l'ONU a vu l'ambassadrice américaine exhorter la Russie d'influencer le régime de Bachar al-Assad pour mettre un terme à ces actes. Quant à Donald Trump, il assure que "de nombreuses lignes ont été franchies" avec cette attaque.

C'est une communauté internationale quasiment au bord de la crise de nerfs qui s'est exprimée ce mardi, après l'attaque chimique de Khan Cheikhoun, une ville syrienne située au sud d'Idlib, région tenue par les rebelles. 86 personnes ont trouvé la mort après qu'une frappe aérienne a lâché des "gaz toxiques" sur la ville. 


Dans la foulée de cette attaque, les leaders du monde entier se sont indignés, les uns après les autres, et ont pointé du doigt la responsabilité de Bachar al-Assad dans ce massacre. Aujourd'hui, l'enceinte du Conseil de sécurité de l'ONU, a vu la Russie et les pays occidentaux s'opposer à nouveau sur ce dossier. 

Washington durcit le ton face à Assad et menace de mesures unilatérales

La donne a changé. Il y a quelques jours, Rex Tillerson, secrétaire d'Etat américain déclarait que le sort de Bachar al-Assad devait être décidé par "le peuple syrien". "Il faut choisir ses batailles", avait de son côté estimé l'ambassadrice américaine Nikki Haley à l'ONU. Washington estimait en réalité que la priorité était de lutter contre la menace djihadiste et non le président syrien. 


Or ce mercredi 5 avril, l'administration Trump a changé de braquet et affirmé que ce qu'elle a qualifié d'"affront à l'humanité" n'allait pas rester sans réponse. Sean Spicer, porte-parole de M. Trump, a jugé qu'il serait "dans l'intérêt" des Syriens que Bachar al-Assad ne soit pas au pouvoir mais qu'il n'y avait "pas de véritable option pour un changement de régime". "Tout dirigeant qui traite son peuple comme cela, mort et destruction... Je ne pense pas que qui que ce soit souhaite cela pour un peuple", a-t-il déclaré. 


"Mon attitude vis-à-vis de la Syrie et Assad a nettement changé (...) Ce qui s'est passé est inacceptable pour moi", a-t-il déclaré, tout en refusant de dire ce qu'il comptait faire. "Cette attaque sur des enfants a eu un énorme impact sur moi", a lancé Donald Trump depuis les jardins de la Maison Blanche. Il a jugé que ce raid aérien avait "franchi de nombreuses lignes", faisant ainsi allusion à la ligne rouge fixée par Barack Obama en cas de recours aux armes chimiques par le régime syrien. 

A l'ONU, Nikki Haley cible la Russie

Au même moment, la Russie et les pays occidentaux s'opposaient de nouveau sur le dossier syrien lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. L'ambassadrice américaine pour les Nations Unies, Nikki Haley, a fustigé Moscou pour n'avoir pas su tempérer son allié syrien. "Combien d'enfants devront encore mourir avant que la Russie ne s'en soucie ?", a-t-elle lancé, affirmant que Washington prendrait des mesures unilatérales en cas d'échec à l'ONU.  

"Si la Russie a l'influence qu'elle prétend avoir en Syrie, il faut qu'elle s'en serve", a lancé la représentante américaine en brandissant devant le Conseil de sécurité ce qu'elle a présenté comme étant deux photos de victimes de l'attaque chimique présumée survenue ce mardi 4 avril. "Regardez ces photos", a imploré la diplomate. Elle a ensuite exhorté Moscou de "mettre un terme à ces actes atroces". 

La Russie rejette le projet de résolution à l'ONU

Sauf que Moscou n'entend pas changer de position sur ce dossier. L'armée russe a en partie disculpé le régime syrien en affirmant dans la matinée de la frappe aérienne que l'aviation syrienne avait ciblé un "entrepôt" des rebelles contenant des "substances toxiques". En explosant, ces dernières se seraient disséminées dans l'atmosphère.


 Ce mardi 4 avril, peu après l'attaque, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et Vladimir Poutine se sont entretenus au téléphone et ont convenu qu'il était "nécessaire de produire des efforts communs pour que se poursuive le cessez-le-feu". "Tous deux se sont mis d'accord en particulier sur le fait de continuer à soutenir la fin des hostilités en Syrie et à promouvoir le processus de négociation à Astana et Genève", indique un communiqué du Kremlin. 

A l'ONU, l'ambassadeur adjoint pour la Russie, Vladimir Safronkov, a jugé que la résolution proposée par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis avait été préparée à la hâte et n'était pas utile, mais il a accepté une éventuelle "enquête objective". Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit, de son côté, "confiant" que le Conseil de sécurité "prendra ses responsabilités" en adoptant une résolution sur l'attaque chimique présumée en Syrie, que le Royaume-Uni comme la France imputent au régime de Bachar al-Assad. 


Ce texte, à l'état de projet de résolution, appelle à une enquête complète et rapide de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Il demande au régime de fournir toute information sur des opérations militaires au moment de l'attaque. Il faut "une réaction de la communauté internationale à la hauteur de ce crime de guerre", a affirmé François Hollande qui a réclamé des "sanctions" contre le régime d'Assad.

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