Attaque contre deux mosquées à Christchurch : pourquoi il faut bien parler d'attentat et de terrorisme

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NUANCES - À partir de quel moment parle-t-on d’un "attentat", de "terrorisme", plutôt que d'"attaque", de "fusillade" ou de "tuerie" ? Alors que certains s'interrogent, notamment sur les réseaux sociaux, LCI s’est posé la question après le massacre qui a fait au moins 49 morts en Nouvelle-Zélande.

De l'importance du choix des mots. Au moment de s'adresser à la presse après le double attentat perpétré vendredi contre deux mosquées de la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, où au moins 49 personnes ont été tuées et de nombreuses autres blessées, la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, n'a pas tergiversé : "Il est clair qu'on ne peut que décrire cela comme une attaque terroriste." Une clarification vue par beaucoup comme nécessaire voire primordiale. 


Et pour cause : sur les réseaux sociaux, dans les tout premiers instants après le drame, plusieurs internautes se sont émus des qualificatifs utilisés pour évoquer le massacre. "Fusillade", "attaque", certains ont pu voir en ces termes un excès de prudence, une façon de minorer l'horreur. D'autres, à l'instar de Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), ont d'ailleurs jugé utile d'insister sur le fait qu'il fallait bel et bien parler d'attentats et d'islamophobie. 

Reste que ces interrogations ne datent pas d'hier. Lorsque le Canadien Alexandre Bissonnette avait tué six personnes dans une mosquée de Québec, fin janvier 2017, personnalités et médias avaient par exemple semblé hésiter, dans un premier temps, sur la manière de qualifier son auteur. Fallait-il parler d’un tueur isolé ou d’un terroriste ? Le Premier ministre canadien ne s'était, lui, pas posé la question, faisant rapidement état d'un "attentat terroriste". L’écrivaine britannique J.K. Rowling, visiblement excédée par l’emploi de l’expression "loup solitaire" avait pour sa part souligné : "Il est un terroriste."

Code pénal et dictionnaire semblent d’accord

Il faut dire que la nuance entre ces deux notions de "terroriste" ou de "loup solitaire" peut parfois paraître ténue. Voire "absurde", comme l’écrivait dans les colonnes du Monde l’auteur franco-américain Julien Suandeau après l'attaque perpétrée à San Bernardino, en Californie, le 2 décembre 2015. Selon lui, terroristes et auteurs de massacres n’ont rien de différent et, à ses yeux, tous ne sont que "des losers sans frontières". 


Des différences semblent cependant bel et bien exister. Juridiquement déjà. En France, le code pénal (Article 421-1) définit comme "actes de terrorisme" les infractions qui sont "intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur". Même chose ou presque du côté de la définition, sémantique cette fois, donnée par le Larousse. Pour le plus célèbre dictionnaire francophone, le terrorisme est un "ensemble d'actes de violence (attentats, prises d'otages, etc.) commis par une organisation pour créer un climat d'insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l'égard d'une communauté, d'un pays, d'un système."

Breivik et le 11 septembre 2001

En s’attaquant à un lieu symbolique et aux membres de la communauté musulmane de Christchurch, Brenton Tarrant, le suspect interpellé par la police australienne, apparaît donc bien comme un terroriste, selon la définition française. Une définition partagée par la plupart des pays occidentaux, parmi lesquels les Etats-Unis ou le Royaume-Uni notamment. Autre exemple : celui de la Norvège, qui, en 2012, a fait modifier sa loi relative au terrorisme face au cas singulier d'Anders Behring Breivik, fanatique d'extrême droite qui avait abattu 77 civils le 22 juillet 2011 lors d'un rassemblement de jeunes du parti travailliste sur l'île d'Utøya. Avant ce changement, il fallait que deux personnes au moins soient impliquées pour qu'un crime soit qualifié d'acte terroriste.

Mais pourquoi, dès lors, la question de la dénomination des auteurs de certaines tueries est-elle si difficile, problématique ? La réponse se trouve peut-être du côté des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, à partir desquels la vision mondiale du terrorisme a changé. De façon pour le moins hasardeuse. 

Le premier acte terroriste qualifié comme tel date de 1791Daphné Pugliesi, avocate

C’est en effet à ce moment que la notion d’attentat terroriste s’est mise à rimer avec djihadisme. Comme l’expliquait l’avocate Daphné Pugliesi dans une interview accordée à nos confrères d’Atlantico après le carnage de Charleston, où un jeune homme blanc - condamné à mort - avait froidement abattu neuf membres d’une église évangéliste noire, "terrorisme et islamisme n'ont fait plus qu'un, et cet acte (le 11-Septembre, ndlr) est tellement fondateur de la société dans laquelle nous vivons qu'il est très difficile de revenir au sens propre du terrorisme."

La juriste rappelait également que "le premier acte terroriste qualifié comme tel date de 1791" et qu’"il n'y [avait] donc pas de terrorisme islamique qui serait plus proche de la définition que d'autres". Et de souligner qu’il existe "un réel amalgame entre islamisme et terrorisme". Même chose pour le chercheur en droit Tung Yin, cité par nos confrères canadiens de l’Agence Science-Presse, pour qui, aux Etats-Unis, il était pratiquement impossible d’être qualifié de terroriste sans être musulman. De quoi pousser à réfléchir...  

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Attentat islamophobe en Nouvelle-Zélande

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