Attaque d’un hôtel à Tripoli : la descente aux enfers de la Libye

International

DECRYPTAGE - Neuf personnes, parmi lesquels un Français, ont été tuées mardi dans une attaque revendiquée par le groupe Etat islamique à Tripoli. Un nouvel exemple du chaos régnant en Libye depuis plusieurs mois.

Une lente agonie. Depuis la chute du colonel Kadhafi en août 2011, la Libye est en état de quasi-anarchie : les autorités de transition, incapables d’imposer leur légitimité, ont été chassées de Tripoli. Elles se sont réfugiés à l’est, laissant la capitale aux mains de milices. Le reste du pays, lui, est miné par les conflits dans une relative indifférence générale. Jusqu’à ce mardi et l’attaque revendiquée par l’Etat islamique (EI), braquant à nouveau les projecteurs sur le sol libyen.

Il faut dire que le groupe djihadiste a frappé durant plusieurs heures le cœur la capitale. Plus exactement, l’hôtel Corinthia où trois hommes armés ont pénétré dans la matinée, tuant neuf personnes. Parmi eux un Français, pilote pour une compagnie aérienne géorgienne. Un assaut spectaculaire pour la branche de Tripoli de l’Etat islamique à l’ascension fulgurante. "C’est le terreau rêvé pour l’EI : un pays à terre, avec des oppositions partout", explique à metronews Jean-Christophe Notin, auteur de La vérité sur notre Guerre en Libye.

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"Kadhafi avait su gérer les tribus"

Le chaos promis par le Guide libyen peu avant l’intervention des Occidentaux semble ainsi plus que jamais une réalité. Une quasi-partition sépare en effet la Cyrénaïque (est) et la Tripolitaine (ouest), où des dizaines de groupes se battent avec, en toile de fond, le contrôle de la manne pétrolière. Un morcellement pas si étonnant dans un pays où l’héritage tribal a longtemps prédominé. "L’opération Harmattan a juste permis de faire tomber un semblant d'Etat, decrypte Jean-Christophe Notin. Car le principe de la Libye de Kadhafi, c’est la Jamahiriya, "l’Etat des masses". Le Guide Libyen avait su se maintenir au pouvoir car il avait su gérer avec ces grandes tribus."

Difficile dans ces conditions d’imaginer une résolution du conflit sous l’égide de la communauté internationale. Celle-ci a néanmoins une part de responsabilité, tout comme le Conseil National de Transition (CNT) qui a pris – sous l’impulsion de la France - les rênes de la Libye après la chute de Kadhafi : "On peut leur reprocher de ne pas trop avoir pensé à la suite", relève l’écrivain. Avant de mettre en garde contre les critiques et les jugements "à l’emporte-pièce". Pour preuve, l’exemple syrien : "Nous ne sommes pas intervenus, mais est-ce que la situation s’est améliorée ? Est ce que Bachar al-Assad contrôle son pays et empêche l’implantation de l’EI ? Le pays n’est il pas, là-bas aussi, en train de s’effondrer ?"

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