Attaque à la voiture bélier et au couteau à Londres : l’impossible lutte contre le terrorisme "low cost"

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DÉCRYPTAGE – A Londres, Berlin ou Nice, les attaques terroristes ne se font plus à coups d’explosifs, ni même à la Kalachnikov. Cela résulte à la fois d’une contrainte et d’un choix : ce nouveau mode opératoire rend les attentats moins coûteux et leurs auteurs insaisissables.

 L’attaque perpétrée à Londres samedi soir sur le Londonbridge et le Borough Market tout comme celle devant le Parlement britannique il y a moins de 3 mois, ne sont que le dernier exemple en date d’une série devenue tragiquement longue. Elle marque l’avènement de ce nouveau mode opératoire, un ou plusieurs assaillants, sans bombe, parfois même sans arme ou juste des couteaux. Objectif : frapper n’importe où, n’importe quand, sans que rien, ni personne, ne puisse intervenir à temps.

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Tuez-le de n'importe quelle manièreAbou Mohamed al-Adnani, ancien porte-prole de Daech

Avant d’être tué, le 30 août 2016, Abou Mohamed al-Adnani, porte-parole de Daech, avait ainsi défini, et encouragé, cette méthode, le 22 septembre 2014 : "Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen - en particulier les méchants et sales Français - ou un Australien ou un Canadien, ou tout citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l'État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n'importe quelle manière. Si vous ne pouvez pas trouver d'engin explosif ou de munitions, alors isolez l'Américain infidèle, le Français infidèle, ou n'importe lequel de ses alliés. Écrasez-lui la tête à coups de pierres, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le." Ce n’était pas une invention de l’EI : quelques mois auparavant, Al-Qaïda en avait déjà fait la publicité dans son magazine Inspire.

Dès mai 2013, cette méthode avait été mise en application au Royaume-Uni, où un militaire avait été renversé par une voiture conduite par deux terroristes anglais d’origine nigériane. Mais après 2014, cette pratique s'est généralisée : deux militaires renversés au Québec le 20 octobre 2014 ; des policiers attaqués au couteau en France, à Joué-les-Tours, le 20 décembre 2014, ou encore à Nice le 3 février 2015... Puis, en 2016, les assaillants se sont mis à utiliser des camions pour écraser des foules : Nice, le 14 juillet (86 morts et plus de 400 blessés), et Berlin, le 19 décembre (12 morts et 48 blessés). En 2017, dernièrement, il y eut l’attaque à l’aéroport d’Orly, celle  de Stockholm en avril ou encore le pont de Westminster le 22 mars à Londres.

Des actes de plus en plus difficiles à détecter

Outre le fait que les terroristes n’ont plus besoin d’une quelconque formation, puisqu’un homme prêt à mourir après avoir tué le plus de monde possible suffit, ce mode opératoire présente surtout un avantage stratégique. "Il répand l’effet de sidération à l’ensemble de la population et table sur une moins bonne préparation des forces de sécurité", note Thomas Flichy de La Neuville, professeur à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, dans les colonnes du Matin. Dit autrement : cette méthode diminue les possibilités pour les autorités de sécurité de détecter les signes avant-coureurs d’un attentat, puisque la durée de préparation d’une attaque peut être extrêmement courte.

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Dès lors, comment se protéger ? Pour l’heure, les États ont tenté de se coordonner en renforçant les contrôles aux frontières, voire en traçant des activités bancaires d’un pays à l’autre. En vain. Olivier Chopin, chercheur associé à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et spécialiste du renseignement, lui aussi cité par Le Matin, synthétise ainsi l’ampleur de la problématique : "La charge de l’efficacité est inversée ; si les terroristes réussissent une opération après neuf tentatives déjouées, ce sera une grande victoire pour eux, alors que les services de police ne peuvent pas se permettre d’échouer une seule fois. Surtout, dans le cas d’un individu qui s’est auto-radicalisé, comment interpréter comme une menace le fait de louer un camion ?" D’autant que, dans la plupart des cas, ce sont des locaux, ou des immigrés de longue date, qui passent à l’acte. 

S'attaquer aux causes du mal, non à ses conséquences

Le 14 juillet dernier, un djihadiste français invitait même, dans une vidéo repérée par le journaliste David Thomson, les membres de Daech à ne plus rallier la Syrie, ni l’Irak. "Déchire ton billet pour la Turquie, le paradis est devant toi, tu manipules deux voyous, tu trouves une arme dans n’importe quel quartier." L’approche sécuritaire classique, comme l’approche technologique, ne peuvent donc en aucun cas permettre d’anticiper. Pour Olivier Chopin, il convient donc de s’attaquer aux causes du mal, non à ses conséquences : "Cela relève d’une perte de sens ou de l’incapacité des sciences sociales à voir ce qui se joue dans les rapports sociaux, le sentiment du vivre ensemble, la définition d’un bien commun." Autant dire que, là encore, l’équation paraît insoluble à court ou moyen terme. 

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