Attaques dans le Golfe : "L'Iran cherche à instaurer un rapport de force"

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Guerre des nerfs entre l'Iran et les Etats-Unis

INTERVIEW - Après de vives tensions ces dernières semaines entre Téhéran et Washington, le dossier iranien est ce mardi au menu des discussions à l'Assemblée générale des Nations unies. Quelle est la stratégie de l'Iran ? Les explications de Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste du pays.

Le Moyen-Orient vacille sur fond de crise entre l'Iran et les Etats-Unis. Les deux pays sont en effet à couteaux tirés depuis que, en mai 2018, Washington s'est retirée unilatéralement de l'accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, rétablissant des sanctions économiques contre l'Iran dans le cadre d'une campagne de "pression maximale". La tension est particulièrement palpable dans le Golfe où, en mai dernier, alors que Téhéran commençait à réduire ses engagements en matière nucléaire, une série d'attaques mystérieuses contre des pétroliers et des installations a été menée sur cette voie navigable stratégique. 

Mais que cherchent réellement les dirigeants iraniens ? On fait le point avec Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste du pays.

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LCI : Depuis des mois, la pression monte entre Washington et Téhéran. Plusieurs attaques et sabotages ont été imputés à l'Iran, qui dément. Le pays peut-il en être tenu pour responsable ?

Thierry Coville : Difficile de le dire, mais je constate néanmoins un changement de stratégie de la part de l'Iran. Il ont attendu un an pour voir si l'accord sur le nucléaire serait respecté par les Occidentaux. La conclusion s'est imposée à eux : l'Iran était seule, et les Européens ne voulaient pas "se mouiller" alors que les Américains étaient en train de détruire l'économie iranienne. Je pense qu'il y a eu un débat interne, au sommet du pouvoir, pour savoir quelle réponse il fallait apporter. Et visiblement "l'aile dure" a emporté le morceau.

La position de l'Iran était intenable- Thierry Coville

LCI :Quel serait l'intérêt de mettre le feu aux poudres ? 

Thierry Coville : L'Iran cherche à instaurer un rapport de force, qui n'existait pas auparavant, pour ne pas être le perdant si une éventuelle négociation voyait le jour. La nouvelle stratégie iranienne est risquée, mais elle est le fruit de plusieurs éléments : le régime a eu le sentiment qu'il était le seul à respecter l'accord international. Et ce pendant que leur économie continuait à s'écrouler pour une durée illimitée, puisqu'ils ne pouvaient pas savoir si la position américaine allait évoluer au fil des mois, le doute régnant sur la réélection de Donald Trump. Rappelons également que les Etats-Unis ont déclaré à plusieurs reprises qu'ils voulaient qu'aucune goutte de pétrole ne sorte d'Iran. John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale, prônait quant à lui un changement de régime… Tout cela a conduit le système iranien à désormais adopter une position plus agressive.

LCI : L'Iran a-t-elle eu le sentiment de ne pas avoir de contrepartie ?

Thierry Coville : L'accord consistait notamment à ce que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, en contrepartie d'une levée des sanctions. Mais pendant un an, ils n'ont pu que constater que cela n'était pas respecté côté américain. Les Européens leur disait "on fait ce qu'on peut, mais continuez de votre coté à réduire votre nucléaire". Une position intenable. 

Téhéran ne pouvait pas continuer comme auparavant- Thierry Coville

LCI : A terme, l'Iran pourrait-elle malgré tout se retrouver en position de force ?

Thierry Coville : Ce qui est certain, c'est que Téhéran ne pouvait pas continuer comme auparavant, écrasés économiquement, sans perspectives… L'idée est désormais d'arriver en position de force à d'éventuelles négociations.  Difficile de dire s'ils vont y arriver. En revanche, on ne peut pas dire que les dirigeants iraniens n'ont rien à perdre. Ils sont à la tête d'un pays de 80 millions d'habitants, et ils ne veulent pas d'une nouvelle guerre, eux qui ont déjà eu un conflit de huit ans avec l'Irak… L'idée est d'instaurer un rapport de force, montrer qu'on peut faire "mal", mais tout en évitant un conflit généralisé avec les USA, dont ils sortiraient perdants. Ce dont ils ont tout à fait conscience. 

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