Attentat d'Istanbul : pourquoi tant de haine entre Turcs et Kurdes ?

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ZOOM - Le double attentat perpétré samedi à Istanbul, revendiqué par les Faucons de la liberté du Kurdistan, un groupe proche du PKK, plonge à nouveau la Turquie dans le deuil. Mais cette attaque, dans laquelle au moins 38 personnes ont perdu la vie, fait également resurgir une rancœur vieille de près d'un demi-siècle entre Ankara et la minorité kurde. Explications.

C'est une opposition qui se manifeste presque irrémédiablement par la violence. Le conflit qui oppose la Truquie à la minorité kurde dans le pays a franchi samedi une étape supplémentaire après le double attentat perpétré près du stade de Besiktas à Istanbul, qui a fait au moins 38 morts et plus de 150 blessés. Une attaque revendiquée par les par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), un groupe radical proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). 


De quoi faire resurgir le spectre d’une discorde vieille de trente ans, qui a provoqué la mort de plus de 45.000 personnes. Une rivalité qui, si elle a pris la forme d’une lutte armée en 1984, trouve sa source dans la chute de l’empire ottoman après la Première guerre mondiale, il y a près d'un demi-siècle.

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Le territoire kurde morcelé entre plusieurs pays

Le Traité de Sèvres, adopté en 1920, prévoyait en effet la création d’un État kurde entre la province de Mossoul et l'est de l'Anatolie. C’est dans cette zone que ce peuple musulman - essentiellement sunnite - est établi, entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. L’espoir d’un État sera de courte durée : en 1923, Mustafa Kemal, plus connu sous le nom d’"Atatürk", est devenu l’homme fort de Turquie et le territoire kurde est morcelé entre la Turquie, l'Iran, mais aussi la France (pour la Syrie) et la Grande-Bretagne (pour l'Irak).


Malgré ce revers, les Kurdes aspirent toujours à la création de leur propre État, suscitant les craintes des pays dans lesquels ils sont installés. Les choses s’accélèrent en 1978 : Abdullah Ocalan fonde en Turquie le PKK, parti de tendance marxiste-léniniste, pour défendre les intérêts des Kurdes. Las, il engage la lutte armée en 1984 contre le pouvoir d’Ankara, ce dernier répliquant par une féroce répression. Dix ans plus tard, l’armée turque ira même jusqu’en Irak pour lutter contre l’armée du PKK, contraignant à l’exil 2 à 3 millions d’individus.

La crainte d'un territoire autonome

En 1999, Ankara parvient à mettre la main sur Abdullah Ocalan. Son leader emprisonné, la fin du PKK n’est plus qu’une question de temps, estime la Turquie. Sauf que depuis sa cellule, le visage de la révolte kurde dirige encore son mouvement : cessez le feu, campagne pour une autonomie politique au sein de la Turquie et non un État indépendant... En 2012, le dialogue reprend enfin avec Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre turc. Des pourparlers de paix se déroulent, aboutissant à un cessez-le-feu.


Celui-ci tiendra jusqu’à ce que le conflit syrien s’embourbe : Le Parti de l'union démocratique (PYD) et sa milice des Unités de protection du peuple (YPG) ont profité ces derniers jours de l'offensive lancée par l'armée du régime de Damas, soutenue par l'aviation russe, autour d'Alep pour prendre le contrôle de plusieurs secteurs auparavant tenus par les rebelles syriens. La Turquie redoute désormais que les Kurdes des YPG, qui contrôlent déjà une grande partie du nord de la Syrie, n'étendent leur influence à la quasi-totalité de sa zone frontalière et y déclarent l'autonomie. Comme un retour à la case départ.

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