Attentat de Berlin : la polémique enfle face aux multiples failles de sécurité révélées

MANQUEMENTS – Les autorités allemandes se retrouvent empêtrées dans une polémique alors que de nombreux dysfonctionnement sont mis en lumière concernant le cas d’Anis Amri, l’auteur présumé de l’attentat de Berlin. Considéré comme dangereux, il n’a pourtant jamais pu être arrêté.

La polémique enfle. Alors que de nombreux dysfonctionnements sont mis en lumière en Allemagne concernant le cas d’Anis Amri, l’auteur présumé de l’attentat au camion-bélier contre un marché de Noël lundi à Berlin, qui a fait 12 morts et près d’une cinquantaine de blessés, les autorités fédérales, la police et la justice sont sous le feu des critiques. 


Outre les questions soulevées sur la protection des places publiques par des bornes en béton, sur l’accroissement de la présence policière - jugée trop faible - ou encore sur l’envoi de l'armée en renfort comme dans d'autres pays, c’est bien la situation du Tunisien de 24 ans qui cristallise les interrogations. Et pour cause : considéré comme un islamiste potentiellement dangereux, il n’a jamais véritablement été inquiété.


Anis Amri était pourtant bien connu des forces de l’ordre, du centre de lutte antiterroriste et du parquet. Durant l'essentiel de l'année 2016, il avait ainsi été placé sous surveillance dans la capitale allemande car suspecté de préparer un cambriolage pour financer l'achat d'armes en vue d’un attentat. Mais l’enquête a finalement été abandonnée en septembre, faute de preuves ou d'éléments probants.

Un rejet de sa demande d’asile sans conséquences

Mais là n’est pas la seule faille révélée. En juin 2016, Anis Amri a en effet vu sa demande d'asile rejetée sans pour autant être expulsé. Selon Berlin, la Tunisie a bloqué la procédure d'expulsion, refusant longtemps de reconnaître l'individu comme l'un de ses ressortissants. Il faut dire que l’homme a tout fait pour brouiller les pistes. Considéré par les autorités comme quelqu’un de "très mobile", souligne nos confrères du Monde, il aurait vécu dans plusieurs Länder (Etats fédérés d’Allemagne, ndlr) entre son arrivée dans le pays à l’été 2015 et l’attentat. 

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Pourquoi la procédure d'expulsion d'Anis Amri n'a pas abouti

Selon les responsables de sa traque, Anis Amri aurait par ailleurs utilisé pas moins de six identités différentes. Des identités multiples qui apparaissent sur l’avis de recherche émis mercredi et qui l’ont successivement maquillé en un Egyptien nommé Ahmed Almasri né en 1995 à Alexandrie, en un Tunisien du nom d’Anis Amir (une anagramme de son vrai nom) né en 1993 à Tataouine, ou encore en Ahmad Zarzour, un Libanais né en 1995 à Ghaza (sa ville d’origine en fait située en Tunisie). 

Les autorités l'avaient dans le viseur et il a quand même réussi à disparaîtreDer Spiegel

La presse d’outre-Rhin se demande dès lors comment policiers et procureurs, connaissant sa tendance au camouflage, ont pu rater autant de signaux d'alerte. Et ce d’autant plus que les autorités le savaient lié à la mouvance salafiste ainsi qu’à des prédicateurs radicaux bien connus sur les réseaux sociaux en Allemagne. En novembre dernier, Anis Amri avait d’ailleurs fait l'objet d'un énième signalement, avant de finalement s’évaporer. "Les autorités l'avaient dans le viseur et il a quand même réussi à disparaître", s'étonne le magazine Der Spiegel.

L’Etat fédéral et Angela Mekel (très) critiqués

Pour le journal local Darmstädter Echo, l'un des problèmes est la multiplication dans un Etat fédéral des échelons de pouvoir et des autorités. "Pourquoi une personne comme le suspect tunisien a pu jouer au chat et à la souris avec les autorités en charge de son expulsion ?", s’interroge le quotidien. "Le fédéralisme, s'il n'est pas conscient de ses problèmes inhérents, représente un risque pour la sécurité", relève-t-il par ailleurs. Même son de cloche du côté du journal bavarois Süddeutsche Zeitung, qui pointe lui aussi "des erreurs" , mais souligne cependant qu'"un Etat de droit a le droit d'en commettre, autrement c'est le risque d'une dérive autoritaire à la manière de la Russie ou de la Turquie".


Toujours est-il que plus de deux jours après l'attaque, la police semble n'avoir aucune idée du lieu où peut se cacher l’auteur présumé. Preuve du désarroi apparent des autorités, une récompense de 100.000 euros est même promise dans l’avis de recherche – lancé à l'échelle européenne – pour tout information permettant de mettre la main sur Anis Amri.


Ces dysfonctionnements ne font pas non plus les affaires de la chancelière Angela Merkel, accusée, en particulier par la droite populiste, d'avoir exposé l'Allemagne à la menace terroriste en permettant l'arrivée d’au moins 1,2 millions de réfugiés depuis 2015. À moins d'un an des élections législatives lors desquelles elle espère obtenir un quatrième mandat, la cheffe du gouvernement est aussi critiquée par ses alliés conservateurs bavarois de la CSU et jusque dans son propre parti, la CDU. "A l'échelle nationale, il y a un grand nombre de réfugiés dont on ne sait pas d'où ils viennent ni comment ils s'appellent", pointe ainsi le ministre de l'Intérieur de la Sarre pour qui "cela représente un potentiel d'insécurité important."

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