Attentat de Londres : pourquoi il est "impensable" que Theresa May revienne sur le multiculturalisme à l'anglaise

ON VOUS EXPLIQUE - Deux jours après l'attentat du London Bridge qui a fait au moins sept morts en Angleterre, Florian Philippot, n°2 du Front national, a vu dans l'allocution de la Première ministre britannique Theresa May une "remise en cause du multiculturalisme". Mais au fait, c'est quoi le multiculturalisme à l'anglaise ?

Il fait la tournée des plateaux TV pour s'en réjouir. Sur notre antenne puis sur BFMTV, Florian Philippot, vice-président du Front national, applaudit "la remise en cause du multiculturalisme par Theresa May". "On devrait avoir le même bon sens en France, on ne le voit pas venir. On a toujours des pudeurs pour évoquer le terreau de tout cela, notamment le fondamentalisme islamiste dans les quartiers où on laisse prospérer des mosquées radicales qu'on ne ferme pas, où on laisse des prêcheurs de haine faire en toute tranquillité, alors même qu'ils sont étrangers parfois et qu'on ne les expulse pas" a-t-il ainsi poursuivi.

Le frontiste fait référence à la prise de parole de la Première ministre britannique, devant le 10 Downing Street, quelques heures après l'attentat qui a frappé le quartier du London Bridge, faisant au moins sept morts. Mais dans son allocution, Theresa May remet-elle véritablement le multiculturalisme à l'anglaise ? En a-t-elle ne serait-ce que les moyens ? Et d'abord, qu'implique exactement cette notion ? Une mise au point s'impose. Pour nous y aider, Nadia Afiouni, maîtresse de conférence à l'université du Havre et chercheuse pour le Gric (Groupe de Recherche Identités et Cultures), nous livre son éclairage.

  • 1Le multiculturalisme à l'anglaise, c'est quoi ?

    C'est une notion qui a connu son essor dans les années 1990 sous le gouvernement travailliste de Tony Blair. Nadia Afiouni le définit ici : "Le multiculturalisme à l'anglaise consiste en la reconnaissance de communautés ethniques ou religieuses, constituées comme des interlocuteurs publics". 


    Aujourd'hui, il existe un nouveau modèle, nous dit-elle, celui de la "community cohesion". "Ce n'est pas une rupture avec le multiculturalisme, mais plutôt sa poursuite" poursuit-elle. Le but ? Eviter la ségrégation et créer des ponts entre les communautés. L'un des principaux outils de la "community cohesion" est par exemple le recensement ethnique, mené sur la base du volontariat. 

  • 2Theresa May remet-elle en cause le multiculturalisme ?

    Certains ont vu dans son discours une remise en cause du multiculturalisme à l'anglaise. Si elle a en effet mis l'accent sur les "valeurs britanniques", les "british values", Theresa May n'a pourtant pas promis de revenir sur le multiculturalisme. Nadia Afiouni, en tout cas, y a davantage perçu une "remise en cause des mesures adoptées pour lutter contre le terrorisme". 


    Selon elle, Theresa May a fustigé la stratégie "CONTEST", développée en 2003 face au risque terroriste, qui se concentre autour des "4 P" : prevent (prévenir), pursue (chasser), protect (protéger), et prepare (préparer).


    Elle en veut notamment à l'axe prevent, qui consiste notamment à financer les associations musulmanes via des subventions pour en faire des interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics. "Mais remettre en cause cette action, ce n'est pas remettre en cause le multiculturalisme", explique encore la chercheuse.

  • 3Est-ce qu'il existe un multiculturalisme à la française ?

    En France, la gestion de la pluralité se fait dans un rapport de l'individu à la République, et non par le biais de communautés. D'ailleurs, dans notre pays, les statistiques ethniques, par exemple, sont formellement interdites par la loi.


    Depuis 2005, selon Nadia Afiouni, "débattre sur le multiculturalisme n'est même plus un sujet porteur politiquement au Royaume-Uni". En France, en revanche, force est de constater que cette notion fait beaucoup parler. "Certains le brandissent comme une menace qui nous guette... alors qu'il serait très difficile de le mettre en place dans notre pays. D'abord, par exemple, parce que nous avons pour principe la séparation de l'Eglise et de l'Etat." 

  • 4Pourquoi ce mot rejaillit-il aujourd'hui ?

    Florian Philippot s'est emparé du sujet pour dresser un parallèle avec la situation en France. Pour la chercheuse,  il apparaît bien "normal qu'il utilise cette notion du multiculturalisme, faisant croire qu'elle pourrait être mise en place en France, cela fait quinze ans qu'elle est instrumentalisée en France". Mais selon elle, il est aujourd'hui "impensable de revenir, en Grande Bretagne, sur une gestion de la pluralité qui est devenue structurelle".

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