Terrorisme : "Daech peut être amené à revendiquer des attaques qu'il n’a pas commanditées"

TERRORISME - En deux jours Daech a revendiqué une attaque au couteau à Marseille, qui a fait deux morts dimanche, puis la fusillade qui a ensanglanté Las Vegas lundi (plus de 50 morts et 400 blessés). A-t-on affaire des revendications opportunes ? Et que nous apprennent les profils des auteurs ? Pour répondre à ces questions, on a interrogé Farhad Khosrokhavar, sociologue à l’EHESS et directeur de l'Observatoire de la radicalisation à la Maison des sciences de l'homme.

Deux revendications coup sur coup. A quelques heurs d'intervalles, Daech a revendiqué les attaques survenues à Marseille dimanche puis à Las Vegas lundi. Comme à son habitude, l'organisation État islamique est passée par son agence de propagande pour à nouveau frapper de son sceau mortifère ces deux événements dramatiques. Deux attaques, sur lesquelles les enquêteurs travaillent afin d'établir un profil plus précis de leur auteur et surtout établir les liens présumés avec Daech, qui interviennent dans un contexte où Abou Bakr al-Baghdadi, que beaucoup croyaient mort, a refait surface il y a quelques jours. 


Alors qu'on le dit à l'agonie sur le front irako-syrien, le groupe EI entend-il prouver, à travers ses revendications en série, au monde qu'il est toujours en capacité d'ordonner un attentat partout dans le monde ? LCI a posé la question au sociologue franco-iranien, spécialiste des phénomènes de radicalisation. 

Journaliste : Quand Daech revendique un attentat, en est-il vraiment à l'origine ? N'y-a-t-il pas de l'opportunisme de la part d'un groupuscule qui, en Syrie ou en Irak, perd du terrain ?

Farhad Khosrokhavar : Toutes ses revendications sont crédibles. Mais aujourd’hui, la situation dans laquelle se trouve cette organisation terroriste a changé. Et cela peut les pousser à revendiquer des attaques qu’ils n’ont pas commanditées. Je m’explique. Les terroristes qui agissent se revendiquent de Daech, sans forcément avoir de liens avec eux. Avant, ils devaient envoyer un message d’allégeance en amont. Aujourd’hui, avec la situation de Daech à Mossoul et la surveillance plus poussée des réseaux terroristes, ce n’est plus possible. Aussi, les terroristes écrivent un testament que l’Etat islamique retrouve après l’attentat. En d’autres termes, Daech n’est pas forcément au courant de l’attentat en amont. Ils peuvent l’apprendre en même temps que le commun des mortels. La personne se revendique de chez eux, adhère à leur idéologie, mais n’a pas forcement de lien direct avec le groupe.

Journaliste : Pourquoi les liens avec Daech sont-ils plus distendus aujourd’hui ?

Farhad Khosrokhavar : À ce jour, il est devenu très compliqué de les contacter. Entre la perte de Mossoul et la surveillance accrue, les moyens de communication sont moins prospères qu’avant. Ils sont poussés à se battre sur plusieurs terrains. De plus, leurs ressources financières s’amenuisent. La vente du pétrole est de plus en plus compliquée. Ils ont donc moins d’argent pour diligenter des attentats.

Journaliste : Le profil des terroristes a-t-il lui aussi changé ?

Farhad Khosrokhavar : Oui. Daech est devenu un étendard depuis mi-2016. Une sorte d’emblème pour les terroristes en mal de reconnaissance. Ils sont parfois plus jeunes, moins expérimentés. À Barcelone, par exemple, ceux des attentats de Catalogne ont essayé de fabriquer des explosifs mais ils ont échoué. Résultat, ils ont pris un camion et sont partis dans le centre de la ville. Les attentats qui ont frappé Paris le 13 novembre 2015 étaient sophistiqués. Les terroristes en question savaient se servir d’une arme, d’explosifs. Ils avaient monté ça avec Daech. Mais aujourd’hui, comme les liens avec l’Etat islamique sont moins importants, n’importe qui peut se revendiquer de Daech et commettre un attentat. Malheureusement, cette situation n’est pas prête de s’arrêter. Les attaques de ce type vont, à mon avis, se multiplier.

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