Attentats au Sri Lanka : ce que l'on sait des kamikazes

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ATTENTATS - Au Sri Lanka, la traque s'intensifie pour tenter de retrouver les personnes impliquées dans les attentats qui ont fait plus de 350 morts et plus de 500 blessés. Huit kamikazes sont désormais identifiés : ils sont issus de la classe moyenne voire aisée et venaient d'un milieu éduqué. Voici les dernières avancées de l'enquête.

Au Sri Lanka, la traque s'intensifie et les arrestations se poursuivent, trois jours après les terribles attentats qui ont coûté la vie à plus de 350 personnes et fait plus de 500 blessés, lors du dimanche de Pâques. Dans la nuit de mardi à mercredi 24 avril, les forces de sécurité ont arrêté 18 personnes, portant le nombre d'interpellés à près d'une soixantaine. 


Les autorités ont rapidement attribué ces attentats au NTJ, le National Thowheeth Jama'ath, un mouvement islamiste local. Lui, ne l'a pas revendiqué. C'est Daech qui s'en est chargé via son agence de propagande Amaq, ce mardi 23 avril. Pour autant, les autorités cherchent toujours à savoir si le NTJ a bénéficié d'un soutien logistique international.

Des soupçons sur des liens avec Daech

Ce mardi 23 avril, le Premier Ministre Ranil Wickremesinghe avait reconnu lors d'une conférence de presse que "le pays aurait pu éviter ces attaques - ou du moins, réduire leur nombre".  Il avait ajouté que toutes les personnes arrêtées étaient de nationalité srilankaise, précisant que d'autres suspects étaient encore en fuite, armés et dangereux car en possession d'explosifs. Le Premier ministre a également indiqué qu'un quatrième hôtel était visé mais que l'attentat a échoué. Les forces de sécurité "sont d'avis qu'il existe des liens avec l'étranger", avait-il poursuivi. 


Ce mercredi 24 avril, le vice-ministre de la Défense Ruwan Wijewardene a déclaré que les attaques auraient été perpétrées par une "faction dissidente" du NTJ, sans autres détails. "Le leader de (ce groupe), la personne qui menait l'attaque est l'un des kamikazes et est mort", a-t-il déclaré, précisant que celui-ci s'était fait exploser à l'hôtel Shangri-La de Colombo. "Il y a des soupçons sur des liens" avec le groupe Etat islamique, avait-il dit. 


Sur les huit explosions de bombes, les six premières, en début de matinée, sont des attentats suicides contre trois églises et trois hôtels de luxe - le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury. Deux explosions ultérieures, en début d'après-midi à Colombo, sont le fait de suspects qui se sont donné la mort pour échapper à l'arrestation.

Le rôle-clé de deux frères

D'après des éléments de l'enquête rapportés par l'AFP, deux frères islamistes sri-lankais issus d'une famille aisée ont joué un rôle-clé dans les attaques. Ils se sont fait exploser respectivement aux hôtels Shangri-La et Cinnamon Grand Hotel au buffet du petit-déjeuner. Leur père fait partie des personnes actuellement aux mains des forces de l'ordre, a confirmé M. Wijewardene en réponse à une question en ce sens. Selon les policiers, ces deux frères d'une trentaine d'années dont les noms n'ont pas été révélés formaient une "cellule terroriste" familiale et jouaient un rôle-clé au sein du NTJ. Les enquêteurs ignorent encore si les attaques sont le fait de cette seule "cellule", ou d'équipes séparées mais coordonnées. 

La plupart des kamikazes issus de la classe moyenne

Le gouvernement de l'île d'Asie du Sud a annoncé que "neuf kamikazes" au total avaient péri au cours de cette journée sanglante. Huit ont été identifiés à ce stade mais leurs noms n'ont pas été révélés officiellement par les autorités. "La plupart" des kamikazes "sont éduqués et viennent de la classe moyenne ou la classe moyenne supérieure donc ils sont assez indépendants financièrement et leurs familles sont assez stables, ce qui est un facteur inquiétant", a rapporté M. Wijewardene. Certains des assaillants ont voyagé à l'étranger, a-t-il dit. L'un d'entre eux a étudié en Grande-Bretagne et effectué des études universitaires supérieures en Australie.

Un défaillance de l'Etat en raison d'un conflit entre le Président et son chef du Gouvernement ?

Reste que la question de savoir si l'Etat a été au courant des menaces est toujours posée. L'Etat fait l'objet de critiques grandissantes, dans un contexte politique de lutte de pouvoir entre le président et le Premier ministre, depuis ces attentats. 

L'organisation NTJ avait en effet fait il y a environ deux semaines l'objet d'une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle elle préparait des attentats suicides contre des églises et l'ambassade d'Inde à Colombo. La note d'alerte se basait sur des éléments transmis par "une agence de renseignement étrangère". Un responsable sri-lankais avait affirmé en début de semaine que l'Inde et les États-Unis avaient fourni des informations. Les Américains ont démenti mercredi avoir eu des informations préalables. 


Problème : d'après le porte-parole du gouvernement, cette alerte n'avait pas été transmise au Premier ministre Ranil Wickremesinghe ou à d'autres ministres de haut rang. La raison ? La police est du ressort du président Maithripala Sirisena, en conflit ouvert avec son chef de gouvernement.  Il l'avait limogé à l'automne dernier mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux têtes de l'exécutif se vouent une animosité réciproque. Un élément qui pourrait relancer la crise à la tête de l'île de 21 millions d'habitants. 


"Il y a clairement eu une défaillance de la communication de renseignements. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités car si l'information avait été transmise aux bonnes personnes, cela aurait pu permettre d'éviter ou minimiser" ces attentats, a reconnu mercredi le vice-ministre de la Défense Ruwan Wijewardene. Le président Sirisena a annoncé qu'il procéderait dans la journée à "des changements importants" à la tête des forces de sécurité.

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