Attentats de Bangkok : "Daech est une hypothèse possible"

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INTERVIEW – L'enquête suit son cours en Thaïlande après l'attentat à la bombe qui a tué 20 personnes en plein cœur de Bangkok lundi. La police a émis mercredi un mandat d'arrêt contre un suspect, un "étranger non identifié" qu'elle soupçonne d'appartenir à un "réseau". Alors que cette attaque n'a pour l'heure pas été revendiquée, metronews revient, avec le spécialiste de la région Zachary Abuza, expert chez Southeast Asia Analytics, sur ses auteurs possibles.

Les insurgés du sud de la Thaïlande ont été évoqués comme responsables possibles de cette attaque...
Depuis 12 ans, l’insurrection des séparatistes du sud de la Thaïlande, qui sont des musulmans d’origine malaise, a fait plus de 6.400 morts et 11.000 blessés. La rébellion est très localisée dans le sud, dominé par les Malais, et les insurgés ne sont pas vraiment sortis de cette zone. Un seul occidental a pour l’instant été tué. Les séparatistes veulent créer leur propre pays, ou au moins obtenir une importante décentralisation du pouvoir politique. La Thaïlande est un pays très centralisé, et encore plus depuis le coup d’état de mai 2014.

Est-il envisageable qu’ils soient derrière l’attentat qui a eu lieu lundi ?
Oui. Ils sont régulièrement à l’origine d’attentats à la bombe causant de nombreuses victimes civiles, environ 14 par mois, mais ce n’est jamais évoqué dans les médias occidentaux. Leur but est de mettre la pression sur le gouvernement militaire pour entamer des négociations, ce à quoi ce dernier est très réticent.

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Est-ce que l’attaque pourrait avoir été commanditée par des membres du gouvernement thaï ?
C’est assez peu probable. Ils ne viseraient jamais un sanctuaire religieux ni une zone touristique. L’économie est déjà en difficulté, et ils ont perdu de la légitimité, notamment aux yeux de la population qui avait soutenu le coup d’état, pour leur mauvaise gestion économique. Ils ont bien d’autres moyens d’assurer leurs arrières pour rester au pouvoir.

Qu’en est-il d’Al-Qaïda et de Daech ?
Daech est une hypothèse possible, et cela pourrait avoir un lien avec le conflit avec la communauté Ouïgours. [En juillet, Bangkok avait renvoyé en Chine 109 Ouïgours, des musulmans sunnites, ndlr]. Environ 600 personnes originaires d’Asie du Sud-Est se trouvent actuellement en Irak et en Syrie aux côtés de Daech, ils ont créé leur propre armée de combattants. On n’a connaissance d’aucun Thaïlandais dans leurs rangs, mais s’il y en avait, ils s’identifieraient eux-mêmes comme Malais. Beaucoup de gens d’Asie du Sud-Est qui ont rejoint Daech se sont radicalisés sur internet, et ils pourraient avoir été inspirés par leur brutalité. L’engin utilisé est assez sophistiqué, et ils ont visé un temple hindi et bouddhiste, les victimes ont donc été des civils non-musulmans.

Est-ce que d’autres groupes pourraient être à l’origine de l’attaque ?
Il est possible que l’attaque ait été perpétrée par des insurgés sudistes isolés, opérant sans lien avec le commandement, qui se sentiraient frustrés que l’insurrection n’avance pas et qu’ils n’aient pas atteint leur but en 12 ans de lutte. Ils ont peut-être été inspirés par les succès de Daech, qu’ils attribuent à la violence de leur méthode.

Quelles seront les conséquences de cette attaque ?
Le vrai impact sera économique. Une attaque a eu lieu en avril dernier sur l’île de Koh Samui, sans que cela soit évoqué dans les médias occidentaux. Cette attaque au cœur de Bangkok aura un impact sévère sur le secteur touristique (25 millions de visiteurs par an), juste avant le début de la haute saison. L’économie thaïlandaise est déjà chancelante.

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