Au Danemark, une "cure de désintox" pour les djihadistes de retour de Syrie

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TERRORISME - Un programme de réhabilitation pour les Danois de retour de Syrie est expérimenté dans le deuxième plus grande ville du pays. Il propose un accompagnement psychologique ainsi qu'une assistance professionnelle. Le tout sans poursuites judiciaires.

Tourner la page du djihad. Au Danemark, un programme de réhabilitation est proposé aux musulmans du pays partis en Syrie, leur offrant la possibilité de retrouver leur "vie d'avant" et d'échapper à toute poursuite judiciaire. Ce programme a été créé conjointement par les services sociaux et la police de Aarhus, la deuxième ville du pays. Il dispense notamment aux combattants de retour dans le pays des soins psychologiques, comme un traitement post-traumatique. Il leur propose aussi une assistance personnalisée pour retrouver un travail ou reprendre leurs études.

Ce programme se veut à la fois préventif et curatif. Préventif parce qu'il vise à réduire le nombre de combattants qui partent chaque année pour la Syrie depuis le Danemark. Curatif parce qu'en cas de départ, il tente de faire revenir le djihadiste en lui promettant un accompagnement. Actuellement, une quinzaine de Danois rentrés au pays suivraient cette "cure" dans la ville d'Aarhus.

Face au djihad, "nous choisissons la méthode douce"

Souvent en détresse face au départ d'un de leurs membres parti faire le djihad, les familles sont mises à contribution. D'abord parce qu'elles sont les mieux placées pour les convaincre de revenir. Ensuite parce que, si le contact n'est pas rompu, la famille dispose de nombreux renseignements qui peuvent être utiles. Le programme va donc tout faire pour que la famille reste en liaison avec l'un de ses membres partis en Syrie (via Skype notamment), l'accompagner et la conseiller pendant cette période. L'objectif plus global étant aussi, d'une certaine façon, de ne pas isoler ces familles et de prévenir de nouveaux cas de radicalisation.

Cette approche tranche fondamentalement de la méthode britannique, mais aussi désormais française, où les djihadistes sont appréhendés à leur retour de Syrie par les autorités. "Nous choisissons plutôt la méthode douce", résume Steffen Nielsen, conseiller en charge de la prévention des crimes et de la radicalisation à Aarhus, cité par Al Jazeera . "Nous nous occupons d'eux quand ils rentrent, poursuit-il. Alors qu'en Angleterre, vous pouvez être emprisonné pendant une semaine et interrogé, nous leur demandons : 'Avez-vous besoin d'aide ?'"

"Nous ne combattons pas les idéologies"

Les renseignements danois estiment qu'une centaine de personnes ont quitté le territoire pour la Syrie depuis 2011. "Un nombre important" d'entre eux représenteraient actuellement une menace pour la sécurité du pays. Mais pour Steffen Nielsen, la plupart ont surtout besoin de soutien pour se remettre d'une expérience souvent traumatisante. "Beaucoup vivent ce voyage à la fois comme une perte de leur innocence mais aussi de leurs idéaux. Ils ont pensé qu'ils allaient là-bas pour une bonne cause, mais ils rencontrent l'horreur (…) et cela ne ressemble en rien à la belle bataille cosmique à laquelle vous pensiez", raconte Steffen Nielsen.

Controversé, le programme semble pourtant faire ses preuves. Après s'être approché d'une mosquée qui a vu partir 22 de ses fidèles à l'étranger l'an dernier, le programme a en effet constaté que seul un musulman était parti pour la Syrie depuis. "Nous ne dépensons pas notre énergie à combattre des idéologies, explique Steffen Nielsen. On dit aux gens : 'vous avez choisi le djihad, d'accord, mais vous pouvez le faire de façon inclusive, et continuer à faire partie de la société'". Sans violence.

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